Des députés socialistes ayant signé à la fois l'appel des 200 "anti-frondeurs" et l'appel des 100 des "frondeurs" s'expliquent

Publié à 17h39, le 29 août 2014 , Modifié à 09h44, le 02 septembre 2014

Des députés socialistes ayant signé à la fois l'appel des 200 "anti-frondeurs" et l'appel des 100 des "frondeurs" s'expliquent
© Maxppp

C'est bientôt la rentrée, il est temps de faire un peu de mathématiques. Prenons un "appel des 200" (203 en vrai), publié jeudi 28 août dans Le Monde, qui appelle à l'union du groupe socialiste à l'Assemblée et qui vise de ce fait les "frondeurs" du PS. Ajoutons à ces 200 un "appel des 100" (90 en vrai), qui a été initié par ces mêmes frondeurs en avril. On y ajoute quelques députés qui n'ont signé ni l'un ni l'autre... et on arrive à plus de 300, c'est-à-dire plus que les 290 membres et apparentés du groupe SRC à l'Assemblée Nationale. 

Comment est-ce possible ? En fait, 20 députés ont signé à la fois "l'appel des 100", revendiqués par les "frondeurs" et "l'appel des 200", considéré comme "anti-frondeur"*. Une députée qui fait partie des 200 fait même partie du collectif "Vive la gauche", qui compte en ses rangs des socialistes hostiles à l'orientation du gouvernement. Pour justifier la signature des deux appels, les différents parlementaires usent d'arguments très différents.





#La frondeuse qui appelle au dialogue

En plus d'avoir signé l'appel des 100, l'élue de Gironde Sandrine Doucet est une des 33 députés PS à s'être abstenus lors du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale rectificative (PLFSSR), un volet du pacte de responsabilité. Elle fait également partie de "Vive la gauche", un collectif réunissant les "frondeurs" d'alors, notamment porté par Jean-Marc Germain et Laurent Baumel. Sandrine Doucet est d'ailleurs la seule à faire partie de ce collectif et à avoir signé l'appel "anti-frondeurs".

Elle a signé ce dernier au matin du mardi 26 août, avant la nomination d'Emmanuel Macron au ministère de l'Economie. "C’aurait été un élément qui serait ajouté à ma réflexion", reconnaît-elle au Lab. Malgré tout, la députée ne pense pas avoir signé un appel contre son propre collectif : "Il faut voir dans le texte aussi l’appel au dialogue", explique-t-elle. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait savoir aux initiateurs de l'appel des 200 : 

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J’en ai parlé clairement avec les instigateurs et je lui ai dit que je retenais l’idée de dialogue. Il faut que François Hollande garde le cap de ce qu’il a promis en 2012 et qu’il voulait que les français vivent mieux en 2017 qu’en 2012.

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Et d'ajouter : 

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Je ne sais pas si la dérive sociale-libérale contribuera à ça.

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A entendre Sandrine Doucet, "l'appel des 200" n'est donc clairement pas un message de soutien au Gouvernement...





Le signataire de l'appel des 100 qui affirme qu'il est social-libéral

Député PS de Loire-Atlantique, Yves Daniel n'a aucun problème à affirmer qu'il est "social-libéral". Contacté par le Lab, il plaide pour des réformes qui "prennent en compte que nous sommes dans une économie libérale, européenne et mondiale". Il veut notamment "adapter la loi des 35 heures à la réalité des situations".

Pourquoi a-t-il alors signé "l'appel des 100" ? Pour le parlementaire, cet appel avait le "sens d’un contrat de confiance entre les parlementaires et le gouvernement.", avec un "travail de fond intéressant". Quand on lui parle des "frondeurs", Yves Daniel explique : "c'est un mot qui ne m'a pas plu du tout. Je leur ai dit que la forme et la méthode ne me convenaient pas." Il leur adresse d'ailleurs un avertissement

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Ce n'est pas dans la division qu’on va y arriver. Pour l’instant, le travail fait par les frondeurs, il a été contre-productif. Il faut un vrai travail de fond, moins médiatisé, qui réponde à l’attente des Français.

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Ceux qui se sont sentis floués par les "frondeurs"

Quand ils ont signés "l'appel des 100", ces députés n'avaient pas le sentiment de parapher un brûlot sur lequel s'appuieraient les "frondeurs" pour promouvoir leur mouvement. Le député de Haute-Garonne Gérard Bapt réclamait juste "une meilleure correspondance entre le groupe et le Gouvernement." Une demande obtenue pour sa collègue du Pas-de-Calais Béatrice Bourguignon : "A partir du moment où j’ai eu cette assurance d’un contrat de majorité nouveau, et qu’on pouvait être un peu plus entendus, il n’y avait pas de raison de poursuivre", explique la parlementaire au Lab. 

Quand aux "frondeurs", ils se sont "radicalisés" juge Gérard Bapt, tandis que Béatrice Bourguignon voit dans leur attitude "une certaine irresponsabilité, voire immaturité". Sans blaguer, elle dresse ce diagnostic : 

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[La gauche] a cette extrême faculté de faire en sorte que lorsque l'on est au pouvoir, on se sabre.

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D'où la nécessité, pour Gérard Bapt, d'un "texte de méthode et de soutien".





[Bonus Track] La députée de la circonscription de Montebourg ne veut plus figurer sur "l'appel des 200"

Elle a signé l'appel, mais elle n'a pas du tout apprécié la méthode. Comme la repéré le blog politique de France 3 Bourgogne, La députée Cécile Untermaier, qui a succédé à Arnaud Montebourg dans sa circonscription de Saône-et-Loire, n'est pas d'accord avec la façon dont la tribune a été publiée, c'est-à-dire après le remaniement et la nomination d'Emmanuel Macron à l'Economie. Elle l'a fait savoir jeudi soir sur Twitter : 

* La liste complète des signataires des deux tribunes : Gérard Bapt, Jean-Luc Bleunven, Patrick Bloche, Christophe Bouillon, Brigitte Bourguignon, Yves Daniel, Philippe Doucet, Sandrine Doucet, Geneviève Gaillard, Razzy Hammadi, Serge Janquin, Michel Lefait, Catherine Lemorton, Bernard Lesterlin, Jean-Pierre Maggi, Julie Sommaruga, Catherine Troallic, Jacques Valax.

Du rab sur le Lab

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