Affaire Carrez : la plainte demandée par Christian Jacob est moquée à gauche

Publié à 13h42, le 05 novembre 2014 , Modifié à 10h33, le 06 novembre 2014

Affaire Carrez : la plainte demandée par Christian Jacob est moquée à gauche
La plainte proposée par Christian Jacob dans l'affaire Carrez suscite le questionnement de ses collèges à l'Assemblée © Montage via Reuters et MaxPPP
Image Etienne Baldit


DON QUICHOTTE - Christian Jacob est quelque peu esseulé dans sa recherche de la taupe. Le patron du groupe UMP à l'Assemblée nationale est ulcéré des révélations de Mediapart concernant les petits soucis de Gilles Carrez avec le Fisc : il s'insurge contre ce qu'il considère être une une "violation du secret fiscal" et souhaite que l'Assemblée nationale porte plainte pour ce motif. Mais à part Philippe Vigier (UDI), les représentants des autres groupes sont pour le moins circonspects devant cette proposition.

Député d'opposition et surtout président de la commission des finances, Gilles Carrez est un spécialiste des questions de fiscalité. Il fait pourtant face à un probable redressement fiscal, pour n'avoir pas payé l'ISF depuis 2011. Christian Jacob répète depuis plusieurs jours que "le secret fiscal n'a pas été violé depuis Chaban" et qu'"on peut avoir une discussion avec l'administration fiscale sans être mis en pâture comme cela a été le cas". Il veut donc savoir qui a communiqué l'information aux médias :

Nous devons savoir qui l'a fait. Cette fuite vient-elle de la Haute autorité ? Des services fiscaux ?

Beaucoup de responsables de gauche se demandent, quant à eux, ce que la chambre basse a à voir avec ce dossier. La porte-parole du groupe PS, Annick Lepetit, a ainsi estimé, le 4 novembre en conférence de presse, que Christian Jacob faisait fausse route :

Je ne comprends pas trop ce que l'Assemblée nationale vient faire là-dedans. C'est un problème qui concerne Gilles Carrez et l'administration fiscale. S'il y a eu une fuite, je ne vois pas en quoi l'Assemblée en est responsable.

Monsieur Jacob se trompe en voulant faire entrer l'Assemblée nationale dans ce débat.

De son côté et en marge de son point presse mardi, André Chassaigne, patron des députés Front de Gauche, a expliqué au Lab qu'il n'était "pas favorable à ce que l'Assemblée nationale rentre en ligne de compte". "Que Gilles Carrez assume ses responsabilités par rapport au Fisc", a-t-il ajouté. 

Le chef de file des députés EELV, François de Rugy, considère quant à lui que la droite a "bien du mal à s'adapter à la transparence". Pour le député de Loire-Atlantique, le cas des parlementaires à qui le fisc a demandé des précisions prouve surtout que "la loi marche". Auprès du Lab, il accuse son homologue de vouloir faire diversion :

L'UMP essaye de se cacher derrière un paravent. C'est le syndrome de la ligne Maginot.

Ce mercredi, c'est un ministre qui vient à son tour mettre à mal l'idée de Christian Jacob. Cité par Mediapart, Michel Sapin s'interroge sur la validité de l'argument de la "violation du secret fiscal", Gilles Carrez s'étant lui-même expliqué sur la teneur de sa "discussion" avec l'administration fiscale dans les colonnes du site d'information :

Je tiens beaucoup au secret fiscal. […] Mais dans le cas d'espèce, je pense qu'il sera difficile de l'invoquer, car c'est l'intéressé lui-même qui s'est entretenu, d'ailleurs avec beaucoup de sincérité et dans un souci réel de transparence, avec une journaliste qui a donné des éléments de son dossier fiscal. Il a lui-même brisé le secret fiscal le concernant, il est donc difficile de l'invoquer par la suite.

Christian Jacob entend formuler sa proposition de manière solennelle lors de la prochaine réunion du bureau de l'Assemblée nationale, le 12 novembre. En attendant, il a assuré mardi que "tout le monde" au sein de son groupe était "bien sûr" d'accord avec son idée. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone, n'a pour le moment pas indiqué s'il allait ou non accéder à sa demande.

Du rab sur le Lab

PlusPlus