La défense en trois temps du FN après la condamnation d’une ancienne candidate aux municipales qui avait comparé Taubira à un singe

Publié à 10h14, le 16 juillet 2014 , Modifié à 10h19, le 16 juillet 2014

La défense en trois temps du FN après la condamnation d’une ancienne candidate aux municipales qui avait comparé Taubira à un singe
Florian Philippot, Wallerand de Saint-Just et Louis Aliot © MaxPPP

ÉLÉMENTS DE LANGAGE – Au lendemain de la condamnation de l’ancienne candidate FN aux municipales Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe, le Front national fait face. Avec une ligne de défense en trois temps, comme l’illustrent Louis Aliot et Florian Philippot sur BFMTV, respectivement mardi 15 juillet et mercredi 16 juillet, ou encore Wallerand de Saint-Just mardi 15 juillet sur LCI.

>> 1er acte : dénoncer une décision de justice disproportionnée

Neuf mois de prison ferme pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe ? "C’est grotesquement disproportionnée", juge Florian Philippot, dénonçant un "jugement politique". Il ajoute :

On est dans la disproportion la plus terrible.  

Le vice-président du FN parle même d’un jugement "illégal" puisque que le FN se retrouve également condamné. "Dans le droit français, il n’y a pas de responsabilité pénale d’une personne morale pour un fait relatif à la liberté d’expression", précise-t-il.

Exactement les mêmes mots qu’utilise Louis Aliot, fustigeant comme l’autre vice-président du FN une "disproportion manifeste" et un "jugement totalement politique".

Wallerand de Saint-Just, ancien candidat frontiste pour les municipales à Paris et avocat du parti réagit sur le même ton :

On est tombé dans un guet-apens judiciaire, dans un véritable chausse-trappe.

"Il n’y a évidemment pas plus politique que cela. Les juges de Cayenne se sont prosternées devant la partie civile qui, elle-même, est à la solde du garde des Sceaux, poursuit Wallerand de Saint-Just. Il n’y a plus aucune indépendance de qui que ce soit."

Sur Twitter, le président d’honneur du Front national Jean-Marie Le Pen ne dit pas autre chose, parlant des magistrats comme des "traîtres à la loi" et des "violeurs de la morale".

>> 2ème acte : attaquer Christiane Taubira, le juge de Cayenne et le mouvement Walwari

Derrière ce jugement, le FN voit volontiers la main de Christiane Taubira, ministre de la Justice. Florian Philippot dégaine, reprenant le refrain du laxisme supposé de la garde des Sceaux :

La justice de madame Taubira est impitoyable quand madame Taubira est victime, elle est beaucoup plus laxiste et douce quand ce sont d’autres victimes. Et madame Taubira semble avoir beaucoup moins de compassions pour les autres victimes quand elle n’est pas elle-même victime.

La preuve est, pour les frontistes, qu’à l’origine de cette condamnation, il y a une plainte déposée par le mouvement Walwari. "Le mouvement Walwari, il a été créé par madame Taubira. C’est un parti  indépendantiste qui a été créé par madame Taubira. Et à la demande de ce mouvement, le tribunal, les juges de Cayenne, pour ceux qui se regardent dans une glace, condamnent quelqu’un comme madame Leclère à neuf mois de prison ferme ? Où est-on ?", s’étonne Wallerand de Saint-Just.

Et du côté de Louis Aliot ? Pareil. Le vice-président du FN rappelle lui aussi que "la procédure a été initiée par le parti de madame Taubira qui, dans l’affaire, est juge est partie". "Elle est garde des Sceaux et elle tient le parquet", dit-il.

Le juge de Cayenne est également visé. Florian Philippot, comme le FN dans un communiqué publié mardi 15 juillet, n’oublie pas que le président du tribunal correctionnel Stéphane Rémy est membre du Syndicat de la magistrature :

La présidente de ce syndicat a été mise en examen pour injures contre le Front national. On voit bien qu’il y a un vrai problème là-aussi. On ne peut pas rendre la justice de manière neutre, sereine et objective dans ces conditions. Oui normalement, une justice transparente, digne de ce nom, équilibrée, aurait dû naturellement démettre ce juge.

>> 3ème acte : comparer la condamnation à d’autres affaires

C’est bien joli de dire qu’une décision de justice est disproportionnée. Encore faut-il avoir des éléments de comparaison. Alors le FN sort sa boite à archives et rappelle d’autres affaires aux jugements moins sévères selon eux.

Ainsi, Louis Aliot fait référence à Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet, exclu de l'UDI durant l'été 2013 :

Monsieur Bourdouleix, pour avoir dit concernant les Roms qu’Hitler n’en avait pas tué assez, a pris 1.500 euros d’amende. Voilà.

De son côté, Florian Philippot parle de "l’affaire" qui secoue actuellement le PS de Vaulx-en-Velin, après les insultes antisémites de l’adjoint aux Sports Amhed Chekhab. Le vice-présidnt du FN fait les questions et les réponses : "Est-ce qu’il a été exclu par le Parti socialiste ? Non. Est-ce qu’on en a même parlé ? Non, pas du tout. Est-ce qu’on lui a demandé de démissionner ? Non, il est toujours là, en poste. Il n’a pas été exclu du Parti socialiste, adjoint à la maire de Vaulx-en-Velin."

Puis il résume à sa manière, expliquant que son parti à lui a viré Anne-Sophie Leclère juste après qu’elle ait comparé Taubira à un singe :

Il y a un peu deux poids deux mesures. Quand on présente 21.000 candidats aux élections municipales, il peut y avoir quelques erreurs de casting ou quelques brebis galeuses, il [le FN] s’en sépare dans l’heure. […] Le FN est peut-être le seul à faire son boulot. Oui il est exemplaire.

>> Rappel

Evidemment, vu cette ligne de défense, certains ne manqueront pas de faire un rapprochement avec celle employée par Nicolas Sarkozy, dénonçant à l’envi une justice partiale, instrumentalisée à des fins politiques. Là aussi, le FN a une réponse. Elle est signée Florian Philippot :

La seule différence avec monsieur Sarkozy, pardonnez-moi, c’est qu’il est apparu dans sept affaires, sept différentes, c’est qu’il ne donne pas un élément de réponse sur le fond sur les accusations très graves qui sont portées contre lui.

Du rab sur le Lab

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