Le multiplex politique du 18 janvier avec Bartolone, Pellerin, Raffarin et Bayrou

Publié à 17h52, le 18 janvier 2015 , Modifié à 21h24, le 18 janvier 2015

Le multiplex politique du 18 janvier avec Bartolone, Pellerin, Raffarin et Bayrou
Fleur Pellerin, jean-Pierre Raffarin, Claude Bartolone et François Bayrou © Montage Le Lab via AFP

MULTIPLEX POLITIQUE - Au programme des interviews dominicales de ce 18 janvier, François Bayrou dans BFM Politique, Claude Bartolone dans Le Grand Jury, Jean-Pierre Raffarin dans C politique et Fleur Pellerin dans Tous politiques. Comme chaque dimanche, le Lab vous en livre ses morceaux choisis.

>> Jean-Pierre Raffarin, C politique, France 5



# Tous ensemble

L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac estime que "la phase de deuil et de commémorations", après les attentats qui ont frappé la France, "est maintenant globalement passée". Il faut donc d'après lui passer à "la phase de l'action". "Le président doit prendre une initiative majeure pour montrer qu'on engage des choses différentes de ce qui a été engagé auparavant". Et de proposer "une conférence nationale des priorités sur les 12 prochains mois", où majorité et opposition définiraient des axes d'action :

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Je crois qu'une conférence nationale des priorités sur les 12 prochains mois serait très importante. [...] Se mettre autour d'une table, majorité et opposition, [voir] quelles sont les priorités.

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Et de citer trois sujets sur lesquels travailler : "La sécurité, l'emploi et l'école". Sans une initiative de ce genre, "à la hauteur de la grandeur du peuple", François Hollande "passera à côté de l'histoire", a-t-il ajouté.

# Déchéance de nationalité

Jean-Pierre Raffarin, à l'instar d'un certain nombre de responsables politiques de droite, prend fermement position en faveur de la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux en lien avec des activités terroristes :

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Il y a un certain nombre de gens qui jouent sur la bi-nationalité pour ne pas adhérer au pacte français. [...] Tu as deux nationalités, tu n'aimes pas la France, tu vas dans l'autre !

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Une phrase qui n'est pas sans rappeler le célèbre "la France, tu l'aimes ou tu la quittes".

# Marine Le Pen et "le rendez-vous raté"

Après une intense polémique, les responsables du Front national n'ont finalement pas participé à la grande marche républicaine à Paris, dimanche 11 janvier. Marine Le Pen, pour sa part, est allée défiler dans la ville FN de Beaucaire. Jean-Pierre Raffarin porte un jugement sévère sur ce choix :

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Je pense que madame Le Pen a raté son rendez-vous avec l'histoire, le 11 janvier. [...] L'ensemble de la communauté internationale était très représentée et la France, droite, gauche, les Français ont dépassé les clivages, et sa présence était je pense, pour elle, un impératif. Le fait d'aller à Beaucaire, parmi les siens, c'est une réaction très moyenne je trouve. Beaucaire n'est pas encore la capitale de la France.

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"Il est rare que de rater un rendez-vous historique soit politiquement profitable. Je pense qu'à un moment ou à un autre, elle en souffrira", a-t-il ajouté, en réponse à l'interrogation sur une possible capitalisation du FN sur les récents événements lors des prochaines échéances électorales. Même si, concède-t-il, "il est possible qu'aujourd'hui le Front national essaye d'engranger un certain nombre de peurs."

>> Claude Bartolone, Le Grand Jury, RTL/Le Figaro/LCI



# Frissons

Le président (PS) de l'Assemblée nationale revient sur La Marseillaise qui a, pour la première fois depuis 1918, retenti dans l'hémicycle au Palais Bourbon, mardi dernier lors de l'hommage de la représentation nationale aux victimes des attentats. Il confie en avoir eu "des frissons" et ne pas être "près de l'oublier" :

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D'un seul coup, cette Marseillaise qui monte du cœur et de l'âme de cette assemblée, tous debout en train de chanter... Franchement, je ne suis pas près de l'oublier. J'en avais des frissons, j'en avais des frissons qui me parcouraient le corps. 

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Il ajoute que "tous les personnels de l'Assemblée, qui sont restés dans leur devoir de réserve", lui ont dit avoir ressenti la même chose. "Ils sentaient que c'était le début du début du jour d'après", explique Claude Bartolone.

# Mission commune

Plutôt qu'une nouvelle commission d'enquête sur les attentas à l'Assemblée nationale, comme le proposent certains parmi lesquels le président du groupe UMP Christian Jacob, Claude Bartolone propose "une mission commune" entre le Sénat et l'Assemblée. Mardi, Le Monde assurait que le président de l'Assemblée s'était "mis d'accord" avec le président du Sénat, l'UMP Gérard Larcher. Ce dimanche soir, Claude Bartolone précise que ce dernier ne lui a "pas encore répondu", mais maintient cette proposition rarissime :

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Dans une situation comme celle dans laquelle nous sommes, cela pourrait se justifier. Je ne veux pas affaiblir la puissance de la commission Ciotti. S'il y a une nécessité pour une mission d'enquête et pour voir plus largement (notamment sur l'école, ndlr) toutes les interrogations qui ont attrait à cette affaire, moi je n'ai pas de tabou.

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"Il ne doit pas y avoir de trou dans notre observation, mais il ne faut pas affaiblir cette commission Ciotti", a-t-il argumenté pour justifier la création de cette "mission commune". Il a toutefois ajouté que la commission demandée par Christian Jacob n'est pas encore enterrée : "Ce n'est pas parce que c'est l'UMP qui l'a proposée qu'elle sera refusée, mais il faut qu'elle puisse être utile", a-t-il dit.

>> Fleur Pellerin, Tous Politiques, France Inter/Le Parisien

# Pas de censure ni d'autocensure

Interrogée sur l'opportunité de publier de nouvelles caricatures du prophète Mahomet dans la presse dans le contexte actuel, la ministre de la Culture estime qu'il y aurait un "paradoxe" à demander aux médias de limiter leurs formes d'expression après les manifestations massives notamment en faveur de la liberté d'expression depuis le 7 janvier.

Faut-il appeler les médias à la "responsabilité" alors que 4 Français sur 10 estiment qu'il faut éviter de publier de telles caricatures ?

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Il y aurait un paradoxe à avoir défilé aussi nombreux pour soutenir la liberté d'expression et la liberté de la presse et vouloir aujourd'hui, par précaution, appeler à l'autocensure des médias. [...] Ce n'est pas une porte ouverte à tous les comportements. Mais nous avons une presse qui a été responsable. [...] On ne peut pas répondre à des atteintes manifestes contre la liberté [et les valeurs françaises] en disant aux médias de s’autocensurer par crainte, par panique.

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# Irresponsable

Comme Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pellerin s'inquiète de la prégnance de la théorie du complot dans la société française. La ministre de la Culture réagissait aux propos de Jean-Marie Le Pen qui, dans un entretien à un média russe, a estimé cette semaine que l'attentat contre Charlie Hebdo "porte la signature de services secrets", avant de contester les propos qui lui ont été prêtés pour des questions de traduction.

"Irresponsable", répond Fleur Pellerin :

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Toutes ces théories complotistes [...] sont des ferments de haine et de désintégration de la société qui sont absolument catastrophiques et irresponsables de la part de quelqu'un qui n'est plus vraiment une personnalité politique de première ligne mais dont la parole peut être écoutée par beaucoup de nos concitoyens.

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On notera au passage la gentillesse quant à l'importance actuelle du président d'honneur du FN, qui fait (involontairement, très certainement), écho aux récents propos du numéro 2 du parti frontiste, Florian Philippot. Ce dernier avait jugé que le père de Marine Le Pen était "inoffensif pour tout le monde aujourd'hui".

"Il faut pouvoir qualifier juridiquement ce qu' a dit [Jean-Marie Le Pen]", a ajouté Fleur Pellerin alors qu'on lui demandait s'il fallait poursuivre en justice l'auteur de ces déclarations.

# Sarkozy ? "Comme les autres"

François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve se sont attirés d'unanimes louanges de la part de la classe politique quant à leur gestion des événements. Esprit d'unité nationale prévalant, Fleur Pellerin salue-t-elle de la même manière l'attitude de Nicolas Sarkozy durant la période ? La ministre de la Culture peine à cacher sa réticence à féliciter le président de l'UMP :

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Il lui aurait été très difficile de procéder autrement. C'était un moment d'une telle gravité et d'une telle intensité qu'il lui aurait été très difficile de se comporter autrement. [...] Je ne l'ai ni trouvé au-dessus de la mêlée, ni en-dessous, ni à droite ni à gauche. Je l'ai trouvé comme les autres... Comme les autres... J'ai pas eu l'impression qu'il avait eu une parole particulièrement forte. Il a salué l'exécutif et trouvé, comme l'ensemble des responsables politiques, que le couple exécutif à la hauteur des événements.

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De son côté, Claude Bartolone a estimé ce dimanche soir que "l'ensemble de la classe politique, du gouvernement, de l'opposition, et même Nicolas Sarkozy, ont été à la hauteur". Jean-Pierre Raffarin, lui, a fermement pris la défense de l'ancien président de la République, qui a selon lui été "exemplaire". "On a été dur avec lui", a-t-il estimé en référence aux images de Nicolas Sarkozy parvenant à s'insérer au premier rang de la photo historique de tous les chefs d'État réunis à Paris. "C'est de l'antisarkozysme et c'est regrettable", a commenté le sénateur de la Vienne.

>> François Bayrou, BFM Politique, BFMTV



# Colonisation > immigration > problème d'intégration

Interrogé sur les causes éventuelles des attentats et du développement du fondamentalisme en France, le président du Modem estime d'abord que "nous les politiques, vous les médias et l'ensemble des institutions françaises" se trouvent aujourd'hui face "à une difficulté principale : c'est qu'une partie de la nation, et notamment des quartiers qui sont en situation très difficile du point de vue social, de l'emploi, vit un échec de l'intégration."

La question de l'intégration est-elle alors "le nœud du problème", lui est-il demandé :

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On va être très simple : le nœud du problème, c'est l'intégration et les deux clés de l'intégration, c'est l'emploi et l'école [qui ne] fonctionnent plus comme elles fonctionnaient dans le passé.

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C'est "un échec", a affirmé François Bayrou, avant de poursuivre :

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- François Bayrou : C'est la suite de l'histoire si traumatisante de la colonisation pour la France. Si on tire, on remonte au 19ème siècle et à l'idée que la France allait apporter la civilisation, comme disaient les responsables politiques, à des contrées qui en étaient privées.



- BFMTV : Donc la question est liée à l'immigration ?



- François Bayrou : C'est lié à deux choses. Une partie de la nation se trouve, et ce sont des jeunes qui sont nés chez nous, on ne parle pas de mouvements qui viennent de l'extérieur, ils sont en effet dans une situation de rupture. Et deuxièmement, cela se passe sur fond d'une immense vague à travers la planète, qui est celle du fondamentalisme musulman.

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# Libération 2.0

Que signifie vraiment l'unité nationale si souvent évoquée depuis les attentats des 7, 8 et 9 janvier ? Pour illustrer cette notion à laquelle il est attaché, François Bayrou prend un exemple historique et estime que la situation actuelle de la France est comparable à celle qui a été la sienne au moment de la Libération, en 1945 :

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Tout à l'heure, par le plus extrême hasard, j'entendais le discours du Général de Gaulle à l'hôtel de ville, le jour de la Libération de Paris. Et il dit : 'Nous avons à faire la guerre et à reconstruire et notre premier devoir, c'est l'unité nationale'.



On est devant chantier aussi lourd que celui que la France a connu à la Libération, aussi lourd qu'en 45. Bien sûr, les destructions sont moindres, bien sûr on est un pays équipé, bien sûr on n'a pas les misères qu'on rencontrait à l'époque. On en a d'autres. Le fait que personne ne sache prendre la question de l'emploi, le fait que personne ne sache prendre la question de l'État, de la reconstruction, de la reconstitution, rénovation de l'État [et de l'école]. Tout cela, aucun de ces sujets n'est soluble avec le classique affrontement d'un camp contre l'autre, chacun des camps étant coupé en deux, de sorte que quand vous vous retrouvez au pouvoir, vous avez contre vous toute votre opposition plus au moins la moitié de votre camp, vous avez 20%. Personne ne peut diriger le pays à 20%.



On a un système de partis qui est totalement ruiné. [...] Les problèmes qui sont devant nous aujourd'hui aujourd'hui sont si lourds qu'ils relèvent en effet de démarches politiques totalement nouvelles.

"

Un appel à se placer "au-dessus des partis" que n'aurait pas renié l'illustre Général. 

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