Lors de son discours au dîner du CRIF, François Hollande reprend le concept de "Français de souche"

Publié à 07h50, le 24 février 2015 , Modifié à 16h49, le 24 février 2015

Lors de son discours au dîner du CRIF, François Hollande reprend le concept de "Français de souche"
François Hollande au dîner du CRIF le 23 février 2015. © AFP / Etienne Laurent
Image Delphine Legouté


"Français de souche, comme on dit". C'est ainsi que François Hollande a qualifié le 23 février au soir, à l'occasion du traditionnel dîner du CRIF, les cinq jeunes mis en examen pour la profanation du cimetière juif de Sarre-Union dans le Bas-Rhin le 15 février. Une manière pour le chef de l’État de souligner que les auteurs de ces profanations sont bien des Français d'origine française et que la responsabilité n'est pas à aller chercher chez l'étranger. Mais une manière également de reprendre un concept surtout manipulé jusqu'alors par l'extrême droite.

Lors de ce discours, François Hollande a ainsi déclaré :

L’antisémitisme n’a pas de limite, il s’enveloppe dans des mots, il s’habille de la haine, il se couvre de prétextes, il se drape dans la revanche mais il poursuit inlassablement les vivants et les morts. Il va jusque dans les cimetières pour aller tourmenter les mémoires.

J'étais également la semaine dernière à Sarre-Union, dans ce cimetière dévasté par de jeunes lycéens, Français de souche comme on dit, ignorants au point de ne pas avoir vu les écritures en Hébreux dans ce cimetière, inconscients pour ne pas avoir remarqué les étoiles de David  mais à ce point intolérant pour renverser le monument dédié aux victimes de la Shoah.

Des propos diffusés par Public Sénat et isolé par le Lab :






"Français de souche", le terme est loin d'être anodin. Fin novembre, Marine Le Pen s'était par exemple réjouie que Le Monde "entérine", selon elle, cette expression. Une affirmation fausse, comme l'avait alors montré le Lab. Le Monde avait pour sa part pris soin de souligner que seuls des contributeurs extérieurs pouvaient utiliser ce concept dans ses pages. Leur journaliste spécialiste de l'extrême droite, Abel Mestre, expliquait d'ailleurs au Lab être particulièrement "vigilant avec les concepts politiques rattachés à des partis" comme celui-là : "nous n'avons pas à les légitimer".



Comme l'a expliqué Rue89 en août 2014, l'expression "Français de souche" a en réalité une généalogie plutôt ancienne [lire leur article ici]. Elle est désormais largement employée à l'extrême droite, alimentée par l'existence du site Fdesouche et rattachée au thème du "grand remplacement" défendu par certains au Front national et la mouvance identitaire.

[Edit 16h40]

Comme l'a relevé BFMTV, François Hollande a réagi aux critiques à ce sujet, mardi dans l'après-midi. Au cours d'une conférence de presse commune avec le président du conseil italien, Matteo Renzi, le chef de l'État a estimé qu'il "n'y avait pas de doute à avoir" quant au fait qu'il se dissociait de l'expression "Français de souche", estimant par ailleurs qu'il s'agissait là d'une "inutile polémique" :



Pour ceux qui m'ont écouté hier soir, il n'y avait pas de doute à avoir. Je me suis distingué de cette expression justement pour faire en sorte de bien comprendre à quoi on a affaire. [...] C'est l'esprit du 11 janvier qui doit à chaque fois nous élever, au-delà de mots qui peuvent être utilisés et qui parfois, on l'a vu, peuvent créer d'inutiles polémiques.

Du rab sur le Lab

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