Marine Le Pen désavoue Aymeric Chauprade et Jean-Marie Le Pen

Publié à 09h25, le 19 janvier 2015 , Modifié à 14h48, le 19 janvier 2015

Marine Le Pen désavoue Aymeric Chauprade et Jean-Marie Le Pen
Marine Le Pen © Capture d'écran France Inter

Unité nationale, oui, mais certainement pas unité au Front national. Au sein du parti de Marine Le Pen, le sujet de débat actuel est la dernière vidéo d'Aymeric Chauprade, intitulée La France est en guerre, publiée jeudi 15 janvier et dans laquelle l'eurodéputé FN affirme que "la France est en guerre avec des musulmans"

Cette vidéo gêne Marine Le Pen. La présidente du Front national a même demandé le 15 janvier à ses secrétaires départementaux et chargés de mission départementaux de ne pas la relayer "pour des raisons juridiques".

Invitée ce lundi 19 janvier de France Inter, Marine Le Pen va plus loin et désavoue totalement son ancien conseiller aux affaires internationales – ancien car depuis début janvier, il n'y a plus de statuts de conseillers officiels au parti. Cette nouvelle organisation du parti doit être officialisée cette semaine. 

 Marine Le Pen désavoue Aymeric Chauprade, d'abord en minimisant le rôle de l'eurodéputé :

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Aymeric Chauprade a fait là une vidéo qui est une prise de position personnelle donc je lui laisse la responsabilité de ses propos.

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Une suite naturelle donc à sa requête du 15 janvier. Mais la présidente du FN va plus loin et désavoue à mots détournés Aymeric Chauprade, qui publie, chaque année, Chroniques du choc des civilisations. Elle ajoute :

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La responsabilité d'un mouvement politique est d'éviter précisément l'engrenage du choc des civilisations. Il est très facile de théoriser ce choc des civilisations et il est très facile de se soumettre à cette idée. Je la trouve terrible. Quand on fait de la politique, précisément, il faut éviter ce choc des civilisations. Et là l'État-nation a un rôle fondamental à jouer.

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En se plaçant sur le terrain politique, Marine Le Pen désamorce l'analyse d'Aymeric Chauprade.

Il n'est pas le seul à en prendre pour son grade. Jean-Marie Le Pen aussi. En cause, ses propos dans la publication russe Komsomolskaya Pravda où il estime que "l'exécution de Charlie Hebdoporte la signature d'une opération des services secrets". Peu après dans le Monde Jean-Marie Le Pen a expliqué ne pas se souvenir avoir parlé des services secrets ; il a cependant maintenu sa vision complotiste en s'interrogeant sur le fait qu'on ait retrouvé la carte d'identité d'un des frères Kouachi dans leur voiture et établissant un parallèle avec les théories complotistes sur le 11-Septembre.

Marine Le Pen n'est pas du tout d'accord avec cette vision. Si elle rappelle en premier lieu qu'on est encore là "dans le registre de la position personnelle", la présidente du FN critique – comme Florian Philippot il y a peu – le patriarche frontiste. Elle dit :

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Moi je vais vous dire ce que je pense de ces théories conspirationnistes fumeuses. Je les trouve dangereuses parce que tout ce qui éloigne les Français de la lucidité nécessaire sur les causes de ce qu'il s'est passé les éloigne du constat. Tout ce qui les éloigne du constat les éloigne des solutions.

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Jean-Marie Le Pen avait défendu Aymeric Chauprade samedi 17 janvier. Dans le Monde, il jugeait "tout à fait juste et intelligent" le parti pris par l'eurodéputé. "Le Front national n'est pas un parti stalinien où l'on est obligé de dire tout ce que dit Marine Le Pen ou Florian Philippot", avait déclaré le président d'honneur du FN.

Par ses propos sur France Inter, Marine Le Pen rappelle donc bien que la cheffe, c'est elle. Elle valide aussi l'idée qu'il y a bien au moins deux lignes au Front national : la sienne et celle plus radicale portée par des personnalités comme Jean-Marie Le Pen, Aymeric Chauprade ou bien encore Marion Maréchal – Le Pen. Une fracture déjà visible lors du ralliement de l'ex-UMP et cofondateur de GayLib Sébastien Chenu au Rassemblement bleu Marine.

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