Benoît Hamon fait la leçon à Valls sur la "démocratie" et "le respect de la parole donnée"

Publié à 20h39, le 14 mars 2017 , Modifié à 21h49, le 14 mars 2017

Benoît Hamon fait la leçon à Valls sur la "démocratie" et "le respect de la parole donnée"
Benoît Hamon sur le plateau de TF1, mardi 14 mars 2017
Image Etienne Baldit


"Moi je ne me sens pas trahi mais sans doute les électeurs de la primaire se sentent-ils trahis." La contre-attaque de Benoît Hamon se veut morale. Manuel Valls dit ne pas pouvoir le parrainer pour la présidentielle, en raison d'un écart politique trop important entre eux ? Le candidat investi par le Parti socialiste, au terme d'une primaire dont tous les participants s'étaient engagés à soutenir le vainqueur, fait donc la leçon à l'ancien Premier ministre.

"Je ne peux pas apporter mon parrainage à Benoît Hamon. (…) Je ne pourrais pas assumer autant de contradictions", annonçait ce dernier dans Paris Match mardi 14 mars, sans toutefois amorcer de rapprochement avec Emmanuel Macron. Sur le plateau du JT de TF1 le soir-même, Benoît Hamon dit les choses calmement mais le fond de son propos est saignant. En résumé : Manuel Valls n'est pas un vrai démocrate, il ne tient pas sa parole et, ce faisant, il fait le jeu du Front national. L'ancien ministre de l'Éducation nationale flingue :

En démocratie, le respect de la parole donnée, c'est important. En démocratie, le respect de l'issue du scrutin, c'est important. Sinon, comment lutter efficacement contre toutes celles et ceux qui mettent en cause la démocratie ? Comment lutter efficacement contre le Front national quand justement, soi-même, on ne respecte pas le verdict des urnes ?

Il ajoute un petit exemple pour rendre cette sortie encore un peu plus désagréable pour l'ex-chef du gouvernement. Il rappelle qu'Alain Juppé, lui, a soutenu et parrainé François Fillon après la primaire de la droite (et même après le grand déballage des affaires), et ce malgré leur opposition politique :

Voyez-vous, c'est ce qui s'est passé à droite, et ça me coûte de faire cette comparaison-là : Alain Juppé n'a pas hésité à parrainer la candidature de François Fillon en dépit du gouffre qui les sépare. Moi j'avais fait le choix d'essayer de rassembler ma famille politique. J'observe aujourd'hui que je suis dans une situation particulière puisque celui que j'ai battu devant les électeurs, selon des modes de délibération parfaitement transparents, décide de ne pas parrainer ma candidature. Eh bien moi je considère que parce qu'il y a un péril Front national, il faut attacher de l'importance à ces symboles, notamment démocratiques.

Pour mémoire, le maire de Bordeaux avait tweeté ceci pour annoncer que son parrainage irait bien à l'ancien "collaborateur" de Nicolas Sarkozy (en dépit de tout le mal qu'il pense de sa campagne et de son attitude) : "Même simple passager, je ne quitte pas le navire dans la tempête." Pour mémoire encore, et comme les autres candidats à la primaire, Manuel valls s'était engagé (du bout des lèvres) à soutenir le vainqueur s'il n'était pas celui-là. À noter que François de Rugy s'est lui aussi affranchi de cette règle en ralliant Emmanuel Macron.

"Oui nous nous étions parlés après le résultat" de la primaire, dit encore le député des Yvelines sur TF1 comme pour appuyer sur le thème de la trahison vallsiste, se disant "surpris" par cette décision de ne pas le parrainer. "Mais en même temps, ça fait maintenant trois semaines que des dirigeants politiques perlent la campagne de prises de position de la sorte", ajoute-t-il à destination des soutiens de l'ex-ministre de l'Intérieur qui lui tirent dans les pattes plus ou moins ouvertement. 

Lui maintient sa posture de rassembleur, insistant sur le fait que "dans ce futur désirable" qu'il promeut, "il y a toutes les composantes de la gauche : ceux qui se sentent modérés, sociaux-démocrates, comme ceux qui se sentent plus en colère dans la gauche radicale". "J'appelle les électeurs à submerger ces petits calculs, à submerger ceux qui pensent au coup d'après", lance-t-il, martelant que "oui, les électeurs de gauche veulent tourner la page".

Et Benoît Hamon de lancer une dernière fois :

Quand mon pays traverse une crise telle qu'on peut envisager que Marine Le Pen soit la future présidente de la République, le symbole qui est celui de la démocratie, du respect de la parole donnée, d'accepter le verdict de la démocratie, ces symboles-là sont importants.

Il semblerait toutefois que le message n'ait pas eu d'effet sur son destinataire. Au même moment devant ses soutiens réunis à l'Assemblée nationale (et selon plusieurs journalistes qui ont relayé les mêmes échos), Manuel Valls répétait en effet que la campagne de Benoît Hamon est "une dérive" qui "amène une forme de sectarisme et de rejet". Devant environ 300 personnes, dont une centaine de parlementaires, il a ajouté :

Je ne parrainerai personne et je n'ai aucune leçon de responsabilité ou de loyauté à recevoir.

Autant dire que ça ne devrait pas aller en s'arrangeant...





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