Bruno Le Maire découvre en direct que Fillon (qu'il soutient) est favorable aux statistiques ethniques

Publié à 10h06, le 17 janvier 2017 , Modifié à 10h08, le 17 janvier 2017

Bruno Le Maire découvre en direct que Fillon (qu'il soutient) est favorable aux statistiques ethniques
Bruno Le Maire regardant d'un peu loin le programme de François Fillon avant de décider de le soutenir quand même. © AFP

LE SACHIEZ-TU ? - C'est un peu le problème lorsque vous soutenez quelqu'un que vous avez précédemment affronté, parce que vous jugiez vos idées plus adaptées pour le pays : il arrive que vous ne soyez pas tout à fait au courant de ce que contient le programme que vous vous retrouvez à défendre sur tous les plateaux télé et radio. Dans cette période post-primaire de la droite, un certain nombre d'anciens candidats (ou soutiens de) sont loin de tout partager ou tout connaître des propositions de leur champion pour la présidentielle, François Fillon.

On l'a vu avec l'ancien porte-parole d'Alain Juppé Benoist Apparu, contraint de défendre des choses auxquelles il est pourtant radicalement opposé. On le voit également, mardi 17 janvier, avec Bruno Le Maire. Le cinquième homme de la primaire avait rallié l'ancien Premier ministre dès le soir du premier tour, et ce malgré toutes les critiques qu'il avait pu formuler contre lui durant la campagne. Sur France Inter ce mardi, un auditeur lui pose la question suivante : "Ça ne vous choque pas que votre candidat, François Fillon, souhaite faire des statistiques ethniques pour connaître la réalité de la population ?"

Pas au courant de cette mesure prônée par son ancien N+1 sous le quinquennat Sarkozy, "BLM" joue alors la carte de la prudence :

"

D'abord, je n'ai pas vu François Fillon défendre cette idée-là, mais bon j'irai vérifier, je ne veux pas faire d'erreur. Mais je ne l'ai pas entendu dire cela dans le discours de Nice [sur l'immigration le 11 janvier, ndlr].

"

~ Interlude ~

On ne peut que saluer cette volonté de ne pas commenter quelque chose sans savoir de quoi il retourne précisément, dont certains feraient bien de s'inspirer. En les remerciant.

~ Fin de l'interlude ~

Interrogé ensuite sur sa propre position par rapport aux statistiques ethniques, Bruno Le Maire explique ne pas en faire une "priorité" :

"

Je pense pas du tout que ce soit la priorité. Je pense que le plus important, c'est exactement ce qui a été proposé à Nice, exactement ce que je défendais pendant la primaire, c'est-à-dire faire respecter le droit dans notre pays. Si vous êtes débouté du droit d'asile, vous quittez le territoire français. Aujourd'hui, vous êtes débouté du droit d'asile, vous restez en France. C'est pas acceptable.

"

Voilà qui démontre donc un manque certain d'enthousiasme pour cette idée, récurrente et polémique en France, de permettre les statistiques ethniques. Or, François Fillon en est au contraire un vibrant avocat. Dans une interview de septembre 2015 au JDD, il estimait qu'il s'agissait là d'un outil indispensable pour "vraiment piloter la politique d’immigration" et instaurer des quotas :

"

C’est là un tabou incroyable qui fait que personne ne sait en France quelle est la réalité du peuplement de notre pays. [...] Si on veut vraiment piloter la politique d’immigration comme je le préconise, permettre au Parlement de fixer chaque année le nombre de personnes que la France peut accueillir, ne pas subir une immigration qui ne viendrait que d’une seule région du monde, qui serait déconnectée de nos besoins économiques et nos possibilités sociales, il faut avoir la possibilité de savoir qui on accueille, ce que ces personnes deviennent, comment elles s’intègrent. Pour cela, il faut des statistiques 'ethniques'. C’est un tabou qu’il faut faire sauter. Sinon, on restera dans le non-dit, le refus de la réalité. C’est cela qui est en train de faire monter la colère de nos concitoyens, qui constatent un énorme décalage entre le discours sur les nécessités de l'intégration et la réalité de ce qu’ils vivent tous les jours.

"

Et fin octobre 2016, le député de Paris avait présenté cette mesure comme faisant partie de "son programme".

En toute fin d'interview ce mardi, le journaliste Patrick Cohen signale ces propos au député de l'Eure, qui fait alors valoir la diversité d'opinions que n'empêche manifestement pas le "rassemblement" derrière François Fillon :

"

Eh bien vous voyez Patrick Cohen que c'est tout l'intérêt du rassemblement, de rassembler des gens qui ne sont pas tous identiques et qui peuvent avoir sur certains sujets des positions différentes.

"

Il serait peut-être tout aussi intéressant que chacun soit un peu au courant des idées qu'il défend à travers son candidat...

Signalons enfin que s'il n'a jamais été un défenseur acharné des statistiques ethniques, Bruno Le Maire s'était montré ouvert à un débat sur le sujet en mai 2015, expliquant sur BFMTV :

"

Tous les débats sont les bienvenus, moi ça ne me pose aucune difficulté. Qu'il y ait un débat sur les statistiques ethniques, chacun présentera son point de vue.

"

#

Du rab sur le Lab

PlusPlus