La froide colère du ministre Vidalies contre les effets pervers du net

Publié à 23h59, le 25 août 2012 , Modifié à 00h21, le 26 août 2012

La froide colère du ministre Vidalies contre les effets pervers du net
Alain Vidalies, à gauche, et son directeur de cabinet, Jean Mallot, à Matignon, en juin 2012 (photo MaxPPP)
Image Antoine Bayet

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Le ministre délégué aux relations avec le Parlement a accusé, samedi 25 août, les sites de suivi de la vie parlementaire, et notamment le site internet NosDéputés.fr, de dégrader la qualité du travail législatif "dans des proportions considérables" au nom, juge-t-il, d’une lecture trop absolue du "principe de transparence".

Il évoque la nécessité d’une évolution de leurs activités.

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    "Des effets dangereux voire pernicieux"

    Ce n’est pas franchement une guerre ouverte.

    Plutôt, pour l’heure, un simple constat d’échec, un peu amer, pointant les effets pervers qu’une mobilisation en ligne peut entraîner dans la vie bien réelle, et ce en raison d'une application trop stricte du "principe de transparence".

    Alain Vidalies, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement, a accusé les "réseaux sociaux" et, plus précisément les sites de suivi du travail parlementaire, de dégrader la qualité du travail législatif, samedi 25 août, à l’occasion d’un atelier organisé dans le cadre de l'université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, auquel Le Lab a assisté.

    Le ministre des relations avec le Parlement explique ainsi :

    La fonction parlementaire n’a pas échappé à l’émergence des réseaux sociaux.Ceux-ci, et plus précisément les réseaux qui scrutent l’activité parlementaire, ont des effets dangereux voire pernicieux sur le travail parlementaire [et cela] dans des proportions qui sont considérables.

    Si le ministre n’a, lors de son intervention initiale, exposé aucun site précis à son courroux, son entourage a confirmé au Lab que les propos d’Alain Vidalies se rapportaient au site internet NosDéputés.fr, piloté par l’association Regards Citoyens.

    Plus précisément, le ministre délégué aux relations avec le Parlement reproche à ce site, apparu il y a trois ans, son évaluation de l’activité parlementaire suivant des critères purement quantitatifs.

    A partir de facteurs tels que la présence en commission d’un parlementaire, ses prises de parole, ou le nombre de ses dépôts d’amendement, NosDéputes.fr propose en effet un tableau de bord qui attribue des notes aux parlementaires.

    Or, assure le ministre, ce palmarès a pris une telle importance aux yeux des parlementaires et de leurs électeurs que, pour y figurer en bonne place, les députés ont adopté des tactiques bien particulières, qui nuisent à la qualité du travail du Parlement :

    "Aujourd’hui, en commission, on voit jusqu’à 30 députés qui interviennent les uns après les autres pour défendre exactement la même chose, uniquement pour alimenter leur compteur de présence !"

    Le directeur de cabinet du ministre, l’ancien parlementaire Jean Mallot (souvenez-vous, on vous a déjà parlé de lui) a précisé au Lab que le constat de ces effets pervers avait été particulièrement fort "lors de la session parlementaire extraordinaire", en juillet 2012.

    Alain Vidalies assure vouloir tout mettre en œuvre pour lutter contre ces effets négatifs, et affirme qu’une évolution du modèle de ces sites est indispensable. Il propose ainsi que son ministère initie un travail en direction des associations concernées.

    L’association Regards Citoyens, contactée par Le Lab, se dit "surprise de ces propos", et assure ne pas avoir observé de "modification manifeste du comportement des députés depuis l’existence du site", qu’elle présente comme "un outil visant à rapprocher les citoyens des élus […] en permettant une forme de dialogue sur le fond de l’activité parlementaire".

    Et garantit :

    "Nous sommes bien naturellement ouverts à l’échange sur ces questions".

    Benjamin Ooghe-Tabanou, l’un de ses membres fondateurs, assure enfin que "la pratique des amendements identiques n’est […] pas nouvelle" et relève qu’elle "a été notamment très employée par l’opposition socialiste lors des précédentes législatures".

Du rab sur le Lab

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