La sortie raciste de Robert Ménard selon qui être français, c'est être blanc et catholique

Publié à 09h20, le 05 septembre 2016 , Modifié à 14h29, le 05 septembre 2016

La sortie raciste de Robert Ménard selon qui être français, c'est être blanc et catholique
Robert Ménard © PASCAL GUYOT / AFP

Si vous voulez avoir une idée de l'infini, il suffit d'écouter Robert Ménard qui parvient, depuis qu'il a été élu maire de Béziers en 2014 avec le soutien du Front national, à repousser les limites de l'indécence politique. Invité de LCI, le premier édile biterrois en fait une nouvelle démonstration ce lundi 5 septembre. Et il lui suffit de trois minutes.

Robert Ménard est d'emblée interrogé sur un message posté sur Twitter jeudi 1er septembre et dans lequel l'élu disait voir dans la composition des classes d'enfants la preuve du "grand remplacement". Selon cette idée théorisée par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, une population non européenne est en train de se substituer petit à petit à la population historique de la France.

L'élu biterrois assume totalement. Mieux : quand on lui demande si, d'après lui, être français, c'est être blanc, Robert Ménard acquiesce :

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-          Audrey Crespo-Mara : Être français, c'est être blanc ?



-          Robert Ménard : Être Français c'est aussi, comme le disait le général De Gaulle, être européen, blanc et catholique, bien sûr.



-          Audrey Crespo-Mara : Être français, c'est être blanc, donc ?



-          Robert Ménard : C'est pas que ça. Mais écoutez, dans une classe du centre-ville de chez moi, il y a 91% d'enfants musulmans. Évidemment que c'est un problème. Il y a des seuils de tolérance. On n'ose pas le dire : 91% d'enfants musulmans. Vous ne mettez pas les vôtres dans cette école-là, vous demandez une dérogation à la carte scolaire et vous allez dans le privé. C'est ça la réalité.  

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On ignore cependant comment le maire fait pour savoir que 91% des élèves d'une classe sont musulmans. Peut-être se base-t-il sur les prénoms qui, d'après lui, reflètent l’obédience... 

Robert Ménard embraye sur une idée toute personnelle : les gens ne veulent pas vivre-ensemble. "C'est une invention", assure-t-il avant de parler plus spécifiquement des musulmans. On évoque alors l'assassinat, au mois de juillet, du prêtre Jacques Hamel, tué dans son église dans une attaque revendiquée par Daesh. Après l'attentat, de nombreux Français de confession musulmane avaient fait part de leur solidarité. Certains avaient même assisté à l'office du dimanche, dans des églises de France, en signe de fraternité.

Sauf que ça, Robert Ménard n'y croit pas. Pourquoi ? Parce qu'il n'a rien vu de tel et croyez-le, il sait reconnaître un musulman d'un non-musulman. Oui car dans l'esprit de Robert Ménard, si le Français est blanc et catholique, le musulman est forcément arabe. L'échange se poursuit ainsi :  

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-          Robert Ménard : C'est une invention des médias. Dans ma ville, j'ai regardé combien il y a avait de musulmans à la cathédrale et dans une autre église…



-          Audrey Crespo-Mara : Vous les avez comptés à l'entrée ?



-          Robert Ménard : Mais bien sûr. Attendez, pardon, je sais que vous n'êtes pas musulmane. Écoutez, c'est drôle, vous n'êtes pas arabe. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise : ça se voit. Ça se voit sur votre visage. Pardon. Quand vous avez aussi peu de musulmans dans les églises, c'est une invention. Vous, les médias, vous avez filmé le ou la musulmane qui est là. Pardon de vous dire que chaque fois qu'il y a eu des drames ces dernières années, et on les a vus avec les attentats, j'ai fait des rassemblements dans ma ville et les musulmans, les maghrébins, vous les comptiez sur les doigts de la main.



-          Audrey Crespo-Mara : Ce n'est pas ce qu'on a vu cet été.

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Ce n'est effectivement pas ce qu'on a vu cet été en France : 


Messes et hommages au père Hamel : la fraternité des musulmans

On pense avoir atteint la limite pour la journée. Mais non : le réceptacle à indécence de Robert Ménard est plutôt grand ce lundi 5 septembre. Il poursuit donc et, après avoir donné sa définition du bon Français puis visé les personnes de confession musulmane, l'élu évoque l'islam de manière générale. "Oui je suis catholique pratiquant et je pense qu'aujourd'hui, on ne peut pas dire que toutes les religions sont égales dans l'histoire de ce pays", lance le maire de Béziers.

Il ajoute :

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La laïcité n'est pas l'ennemi de l'histoire de ce pays. Je pense qu'aujourd'hui l'islam et la chrétienté n'ont pas le même statut dans notre pays et ne doivent pas l'avoir. Pardon, je suis ravi quand je vais dans un village de l'Hérault de voir des églises dans chacun de ces villages. Je n'ai aucune envie de voir des mosquées.

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Une distinction qui, de son point de vue, n'est pas du tout contradictoire avec la laïcité. Pas. Du. Tout.

Robert Ménard est fort logiquement opposé à la volonté du FN d'interdire tout signe religieux ostentatoire (voile, kippa et grande croix) dans l'espace public. Parce qu'il ne faut pas déconner non plus : la France est peut être un pays laïque, mais un pays chrétien laïque avant tout. Et blanc aussi, il ne faudrait pas l'oublier. 

[Edit 14h20] Robert Ménard persiste

Après avoir créé une nouvelle fois la polémique avec ses propos, Robert Ménard a persisté sur Twitter en fin de matinée :

[Edit 14h30] La Licra saisit le Parquet

La ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a annoncé ce lundi saisir le parquet suite aux propos du maire de Béziers :

Sur Europe 1, SOS Racisme a également annoncé saisir sa commission juridique pour étudier les suites à donner à ces propos.

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