Les cinq critiques de François Hollande envers internet et les réseaux sociaux

Publié à 18h39, le 19 mars 2015 , Modifié à 19h00, le 19 mars 2015

Les cinq critiques de François Hollande envers internet et les réseaux sociaux
"Tiens, internet n'est pas très gentil aujourd'hui." © ALAIN JOCARD / AFP
Image Etienne Baldit


2.0 - François Hollande a internet a l’œil. Pour sa gouverne, d'abord : une cellule à l'Élysée est ainsi chargée de briefer le chef de l'État, chaque semaine, "sur les 'tendances' dans la presse et les réseaux sociaux". Autant dire qu'il est au courant de tout ce qu'internet dit ou pense. Mais le président de la République est aussi très attentif aux excès du dénommé internet, qui a plutôt intérêt à ne pas trop déconner. Car le patron lui a décerné quelques mauvais points dans une longue interview au magazine Society, à paraître vendredi 20 mars.

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Le Lab a recensé cinq commentaires critiques du président de la République envers le web et, surtout, les réseaux sociaux.

# 1 - Le règne de l'insolite

Figurez-vous qu'il n'a pas échappé à François Hollande qu'il est régulièrement critiqué, moqué, parodié... Des attaques dont il reconnaît qu'elles sont plus violentes que ce qu'il pensait, "même [s'il s'y était] entraîné". "Je savais ce qui m'attendait, tout simplement parce que j'ai été élu par 51,6% des Français, pas par les autres", ajoute-t-il.

Et de développer :

Outre les circonstances de mon élection, j'avais remarqué aussi, ces dernières années, un esprit de moquerie généralisé et, avec les réseaux sociaux et la multiplicité des canaux d'information, un besoin d'anecdotes, d'insolite et d'inédit dans la vie politique française. À tel point qu'il est devenu plus difficile de distinguer l'essentiel du dérisoire. Qu'est-ce qui est retenu : un discours ou un bon mot ? Une annonce politique ou une situation cocasse ?

François Hollande sait pourtant manier à la perfection l'art de la blagounette qui fera réagir les médias.

# 2 - Les médias

Plus loin, il revient sur l'épisode de l'île de Sein au mois d'août, où il était apparu sous des trombes d'eau, sans aucune protection, pour une cérémonie de commémoration de la Seconde Guerre mondiale. Un choix qu"il avait déjà assumé lors de sa conférence de presse de septembre. À Society, il affirme : "Je revendique cette image car elle est forte et je suis fier du discours que j'ai prononcé ce jour-là".

Puis il cible le traitement journalistique de cet instant :

Mais la liberté d'information, c'est aussi la liberté de l'interprétation. Et il y a une telle course à l'immédiateté aujourd'hui qu'entre le papier d'analyse et le tweet, c'est souvent le tweet qui reste. Ce qu'il faut, c'est veiller à ce que l'essentiel passe. Il y aura toujours une forme de pollution mais on apprend à vivre avec, n'est-ce pas ?

Oui, n'est-ce pas, Valérie Trierweiler ?

Plus tôt au cours de cet entretien, le chef de l'État indiquait que la chose qui le mettait vraiment "hors de lui", "c'est lorsque la France est attaquée, raillée ou dénigrée". Ce qui est "notamment" le cas, fait-il remarquer, dans les espaces de commentaires des sites d'information :

Sur les sites de médias, notamment, les commentaires sont censés être régulés et pourtant, ce qu'on y lit est parfois très grave. Mais je ne vais pas aller poster des commentaires à mon tour... J'ai mieux à faire.

"Don't feed the troll", serait-on tenté de paraphraser. 

# 3 - La démocratie, c'est devenu comme Amazon

Le commerce en ligne aurait-il modifié les attentes des citoyens en matière d'efficacité politique ? C'est ce que laisse entendre François Hollande : 

C'est le problème de la démocratie : pour les citoyens, le temps est devenu très court, l'immédiat est devenu la vérification. 'Vous aviez dit : 'Le changement, c'est maintenant'. Eh bien tout de suite, alors.' Vous achetez un bien sur internet, vous l'avez tout de suite. Cliquer est devenu le plébiscite de chaque instant, c'est le règne de l'immédiateté. L'attente est devenue insupportable.

Le résident de l'Élysée reconnaît d'ailleurs que face à cette "société qui est devenue de plus en plus impatiente, la politique est en décalage car c'est du temps long : les décisions économiques et sociales prennent du temps, trop de temps."

# 4 - Antisémitisme et islamophobie

Il a déjà déclaré la guerre au négationnisme et aux "thèses complotistes" sur internet. François Hollande en remet une couche dans cette interview, associant à ces discours l'antisémitisme et l'islamophobie, qui selon lui "prolifèrent" en ligne :

Le problème, c'est que cela prend une dimension telle avec les réseaux sociaux ! cela dégénère, prolifère. 

# 5 - Les assassinats d'otages

Il y a aussi, évidemment, de bonnes raisons de critiquer les usages qui sont faits d'internet et des réseaux sociaux. François Hollande revient ainsi sur l'assassinat du Français Hervé Gourdel, décapité le 24 septembre 2014 en Algérie par des membres du groupe djihadiste algérien Jund al-Khilafa, soutien de Daesh. Il explique :



J'ai appelé sa famille. Je ne voulais pas que ses proches puissent apprendre la sinistre nouvelle par une dépêche de presse ou sur les réseaux sociaux car leur douleur aurait alors été encore plus insoutenable. J'ai d'ailleurs profondément regretté que la famille du jeune qui a été victime de l'attentat survenu à Bamako le 7 mars [voir ici, ndlr] dernier ait appris ce drame sur Facebook

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