Nice : Manuel Valls rappelle les propos de Christian Estrosi sur la vidéosurveillance après Charlie Hebdo

Publié à 11h57, le 19 juillet 2016 , Modifié à 12h03, le 19 juillet 2016

Nice : Manuel Valls rappelle les propos de Christian Estrosi sur la vidéosurveillance après Charlie Hebdo
Manuel Valls et Christian Estrosi © Montage Le Lab via AFP
Image Etienne Baldit


ET ÇA CONTINUE, ENCORE ET ENCORE - Christian Estrosi et le gouvernement sont entrés dans une dure confrontation par voie de presse interposée qui, chaque jour, apporte son lot de controverse. Dès le lendemain de l'attentat de Nice, le président LR de PACA mettait en cause le niveau de sécurité sur la Promenade des Anglais et la politique de l'exécutif en matière de lutte contre le terrorisme. La majorité s'est indignée des propos de l'ancien maire de Nice (resté premier adjoint, tout de même). Ce dernier a ensuite contre-attaqué en estimant avoir été "traité comme un subalterne, un moins que rien" par François Hollande lors de sa venue à Nice. Et c'est maintenant au tour de Manuel Valls de le mettre sérieusement à l'amende.

Le Premier ministre ne lui adresse pas sa réponse n'importe où. Il le fait dans les colonnes de Nice-Matin, mardi 19 juillet. On peut donc être à peu près sûr que Christian Estrosi a pris connaissance de cette interview rapidement dans la matinée. La population niçoise et de la région, elle aussi, pourra pleinement en profiter. Or, que dit Manuel Valls dans cet entretien ? Des choses pas forcément agréables.

# Estrosi fait le jeu de Daech

Il s'indigne d'abord qu'un élu de la République puisse "mettre ainsi en cause la parole publique" sur les effectifs policiers déployés pour le feu d'artifice du 14 juillet à Nice. Christian Estrosi avait en effet accusé Manuel Valls de proférer un "mensonge d'État" sur leur nombre, s'attirant démenti catégorique de Bernard Cazeneuve.

"Notre patrie a été attaquée, répond aujourd'hui Manuel Valls. Face à cela, notre devoir est de tout faire pour protéger notre pays et le niveau d’exigence de la parole publique. Se laisser aller aux divisions revient à servir le projet des terroristes et je ne leur ferai jamais ce cadeau." Le Premier ministre accuse donc le président de la Métropole Nice-Côte-d'Azur de faire le jeu de Daech. Rien de moins.

# Remember la vidéosurveillance

Il ajoute, au sujet du dispositif de sécurité de l'événement : "Pour être très précis, il y a eu trois réunions pour préparer l'événement, 185 fonctionnaires de la police nationale étaient mobilisés le 14 juillet au soir à Nice, dont soixante-quatre sur la seule promenade des Anglais. Quarante-deux agents municipaux étaient aussi déployés sur cette opération, ainsi que vingt militaires de l'opération Sentinelle."

Avant de rappeler, presque l'air de rien, faisant mine de ne pas nommer sa cible :



Ce dispositif, calqué sur celui du Carnaval 2016, repose en particulier à Nice sur des équipes bien formées, bien équipées et sur un réseau de vidéoprotection. Je ne sais plus quel est l'élu qui avait dit il y a quelques mois que si Paris avait eu les mêmes dispositifs que Nice, il n'y aurait pas eu les attentats de novembre 2015.

Manuel Valls fait ici référence à des propos tenus par Christian Estrosi, alors maire de Nice, au lendemain des attentats de janvier 2015, et déterrés cette semaine par Le Huffington Post. En conseil municipal le 19 janvier, le premier édile se félicitait à nouveau de l'imposant dispositif de vidéosurveillance installé dans sa ville et dressait cette comparaison :



Avec 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants [alors qu'] à Paris, il y en a 1 pour 1532, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n'auraient pas passé 3 carrefours sans être neutralisés et interpellés.


À l'époque, il jugeait donc que les caméras auraient permis d'interpeller les frères Kouachi après leur attaque contre Charlie Hebdo. Un dispositif qui n'a malheureusement pas permis d'éviter l'attaque au camion sur "la Prom'"... Manuel Valls est cependant très approximatif dans son rappel de cette sortie, puisqu'il évoque "les attentats de novembre 2015", dont ne pouvait évidemment pas parler Christian Estrosi à l'époque.

# Rends à César

Mais ce n'est pas tout ce que le chef du gouvernement a à dire à Christian Estrosi en place publique. Il effectue aussi cette mise au point :



Au lendemain du premier tour des régionales, j’ai appelé à voter pour Xavier Bertrand, Philippe Richert et Christian Estrosi sans hésitation. Je considérais que cette région notamment ne pouvait pas tomber aux mains de l’extrême droite. Christian Estrosi est président de PACA, élu dans des circonstances particulières, grâce aux voix de gauche et à mon intervention.

Christian Estrosi a en effet bénéficié de l'appel au front républicain de la part du PS (et pas seulement du Premier ministre) dans l'entre-deux-tours des élections régionales de décembre 2015. La liste socialiste s'était retirée pour faire barrage au FN, après être arrivée troisième au premier tour. Valls demande donc à Estrosi, à l'heure où il fustige sans retenue le gouvernement, de se rappeler à qui il doit (au moins en partie) son élection. À toute fin utile.

# Estrosi fait le jeu du FN

Encore ? Le Premier ministre dit aussi : "Je comprends que [Christian Estrosi] pose des questions, qu’il cherche à canaliser la peur des Niçois, mais cela ne l’autorise pas à tout. Je lui demande de se reprendre. Quand on est président de la Région, élu dans un rassemblement républicain, il faut être à la hauteur de la fonction, ne pas mettre en cause le travail et l’engagement des policiers. Je lui demande d’assumer ses responsabilités, de se maîtriser et de ne pas ouvrir les vannes qui ne feront qu’alimenter un peu plus l’extrême droite."

Après le jeu de Daech, c'est celui du FN que le premier adjoint du maire de Nice ferait en mettant en cause la responsablité du gouvernement, tout en mettant de côté la sienne au passage.

Bigre, voilà qui fait beaucoup. Reste à savoir si l'intéressé poursuivra *l'échange* médiatique avec l'exécutif...

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