Non, Marine Le Pen, encore une fois, les prières de rues ne sont pas illégales en France

Publié à 13h51, le 19 novembre 2017 , Modifié à 13h32, le 21 novembre 2017

Non, Marine Le Pen, encore une fois, les prières de rues ne sont pas illégales en France
Marine Le Pen © Capture d'écran LCI
Image Sylvain Chazot


Entre Marine Le Pen et les prières de rues, c'est une longue histoire qui a d'ailleurs valu à l'actuelle présidente du Front national d'être poursuivie en justice pour les avoir comparées, en 2010, à l'Occupation nazie.

Le sujet revient aujourd'hui sur scène. En cause : la situation à Clichy-la-Garenne. Depuis plusieurs mois, l’Union des associations musulmanes de Clichy a appelé à plusieurs reprises ses fidèles à des prières dans l'espace public afin de réclamer l’ouverture d’un nouveau lieu de culte après la fermeture d'une salle de prière. Une situation qui a frisé l'incident, comme le 10 novembre dernier, lorsque des élus ont bousculé des croyants en pleine prière. Jeudi 16 novembre, Gérard Collomb a tranché. Le ministre de l'Intérieur a estimé qu'il ne devait pas "y avoir de prières de rue" à Clichy-la-Garenne. Pour autant, les musulmans doivent également "avoir un lieu de culte décent", dans cette ville des Hauts-de-Seine.

Marine Le Pen est contre les prières de rues – et aussi l'ouverture de mosquées supplémentaires. Mais l'ancienne candidate est en revanche favorable à l'installation de crèches dans les bâtiments publics comme les mairies. Tiens… D'où cette interrogation : n'y aurait-il pas un deux poids deux mesures du côté de la cheffe frontiste ?

Pas. Du. Tout.

Voici son explication, ce dimanche 19 novembre, au Grand Jury RTL / LCI / Le Figaro :

Je pense que les crèches sont un élément de notre culture. C'est un élément culturel. C'est d'ailleurs si vrai que les enfants qui vont voir les crèches qui sont organisées dans les municipalités ne sont pas tous des enfants dont les parents sont croyants. Il y a même des enfants qui sont d'une autre religion parce que ça participe encore une fois de la culture française. Les prières des rues, c'est clairement un acte illégal, illégal. C'est interdit par la loi.

Pour exprimer son opposition aux prières de rues, la présidente du FN a donc un argument simple : c'est interdit par la loi.

Sauf que non.

Rien dans la loi n'interdit de prier dans la rue. Comme le rappelle Le Monde, La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose que "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi". La seule condition est donc le trouble à l'ordre public. La préfecture des Hauts-de-Seine a d'ailleurs indiqué au maire LR de Clichy-la-Garenne que l'interdiction des prières de rue se devait d’être "strictement nécessaire au maintien de l’ordre public". Dans les faits, une prière collective sur la voie publique nécessite, au préalable, le dépôt d'une déclaration, comme pour toute manifestation publique. Et si cette manifestation créé un trouble à l'ordre public, elle peut être interdite.

Ce n'est pas la première fois que Marine Le Pen, qui parfois met en avant son passé d'avocate et donc sa connaissance du droit, manie l'intox sur ce sujet précis. En mars dernier, sur Europe 1, elle affirmait que les prières de rue "sont interdites dans notre pays et que par conséquent il faut faire respecter la loi". Et c'était déjà faux... 

En 2011, le ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Claude Guéant, avait promis que les prières de rue seraient interdites. Une date avait même été fixée pour y mettre fin : le 16 septembre 2011, notait LCI en mars. Ce qui n'a finalement jamais été fait… 

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