Valérie Pécresse justifie la nomination d'une élue anti-mariage gay à la tête de la commission famille en Île-de-France

Publié à 09h26, le 11 février 2016 , Modifié à 09h45, le 11 février 2016

Valérie Pécresse justifie la nomination d'une élue anti-mariage gay à la tête de la commission famille en Île-de-France
© ERIC FEFERBERG / AFP
Image Etienne Baldit


UN MESSAGE ? QUEL MESSAGE ? - Le week-end dernier, Caroline Carmantrand est devenue présidente de la commission famille au conseil régional d'Île-de-France. Un choix de la nouvelle présidente de la région, Valérie Pécresse. L'intéressée, élue sur la liste LR-UDI-MoDem aux régionales de décembre, est également adjointe à la famille à la mairie d'Asnières. Mais ce n'est pas tout : elle est aussi un fervent soutien de Sens commun, émanation politique de la Manif pour tous rattachée à LR, et co-fondatrice du mouvement "les mères veilleuses", qui milite encore contre la loi Taubira. Invitée de France Inter jeudi 11 février, Valérie Pécresse justifie cette nomination, balayant toute idée de "message" envoyé à travers celle-ci. 

La patronne de la région capitale explique d'abord que Caroline Carmantrand était taillée pour le poste, en dehors de toute considération idéologique (idéologie qui de toute façon n'est pas du ressort de la commission famille) :



Mais attendez, j'ai nommé une spécialiste des questions familiales à la commision famille du conseil régional, dont je rappelle que la responsabilité n'est pas de voter les lois mais de faire du quotient familial dans les cantines, de faire des tarifs familiaux dans les transports, de s'occuper de politiques sociales, et c'est la spécialité de Caroline Carmantrand, qui est une élue absolument remarquable et dévouée et qui est spécialisée dans les questions familiales.

Relancée sur l'idée de "message" transmis à travers cette nomination, elle martèle ne pas vouloir ici rejouer le débat sur le mariage pour tous (avec, au passage, un superbe lapsus entre abrogation et adoption de cette loi ainsi que des erreurs chronologiques):

- Valérie Pécresse : On n'est pas en train de refaire le match, la loi Taubira, elle est passée. J'ai dit sur cette antenne à des dizaines de reprises...

- Léa Salamé : Que vous avez changé d'avis.

- Valérie Pécresse : J'ai dit ça en 2012. J'ai changé d'avis en 2012 sur le mariage gay [en 2014 en réalité, la loi Taubira n'ayant été adoptée qu'en mai 2013, ndlr], parce qu'il a été abrogé... il a été voté et on n'abroge pas une loi qui a des conséquences sociétales sur la vie des couples.

- Léa Salamé : Donc il n'y a pas de message dans cette nomination ?

- Valérie Pécresse : Je voudrais qu'on arrête de refaire le match. Il y a à droite des gens qui sont pour le mariage gay. [...] Moi je suis une républicaine. Dès que la loi a été votée, j'ai dit qu'on l'appliquerait et j'ai dit qu'humainement, il était pas possible de l'abroger. Donc je sais bien qu'il y a, à gauche comme à droite, des gens qui veulent refaire le match. Ce match, il est pour moi derrière nous. Aujourd'hui, le sujet c'est : qu'est-ce qu'on fait pour les familles, pour les empêcher de quitter l'Île-de-France, pour les empêcher de mal vivre en Île-de-France ? Et ce sujet, Caroline Carmantrand est l'une des meilleures dans ma majorité pour le porter. 

"Et j'ajoute que la vice-présidente famille s'appelle Farida Adlani, qu'elle est élue de Villepinte et que c'est elle qui porte les messages politiques sur la famille en Île-de-France", conclut-elle.

Circulez, y'a rien à voir. Pas de "message" ici. Ce qui n'avait pas été le cas durant la campagne des régionales... Valérie Pécresse avait alors été attaquée par le camp Bartolone pour ses positions précédentes sur le mariage gay. Elle qui voulait, en 2012, "démarier" les couples homosexuels mariés depuis le vote de la loi Taubira, avait depuis fait marche arrière. "L’abrogation, elle, n’est pas humainement réaliste", corrigeait-elle en novembre 2014, expliquant avoir "changé d’avis" sur le sujet après avoir "tout simplement réfléchi".

La future présidente de région avait cependant tenu une position inquiétante pour les associations militant pour les droits des personnes LGBT. La candidate indiquait alors vouloir couper les subventions des associations "politisées", parmi lesquelles l'inter-LGBT s'était senti particulièrement visée. Valérie Pécresse disait alors :

S'ils portent un projet d'intérêt régional, de lutte contre l'homophobie par exemple, nous les subventionnerons. [...] Ils font ça aujourd'hui, mais enfin, ils ont aussi beaucoup manifesté pour la loi Taubira, ils ont aussi beaucoup fait des tracts...

Une lutte militante en faveur du mariage pour tous devenait ainsi un motif éventuel d'arrêt des subventions régionales.

La nomination de Caroline Carmantrand fait en tout cas écho à une autre, récente, dans l'organigramme de LR. Nicolas Sarkozy a en effet décidé de nommer Catherine Giner au poste de déléguée nationale à la famille. Cette dernière est une des figures de la Manif pour tous dans les Bouches-du-Rhône, très engagée dans la lutte contre le mariage entre personne de même sexe, la PMA, la GPA et l'IVG.

En janvier, Christian Estrosi avait nommé Catherine Giner conseillère régionale à la Famille. Face au tollé qu'entraînait cette nomination, le président de PACA avait reculé, précisant que l'élue serait en charge de l'intergénérationnel sous l'autorité de Georges Leonetti.

Valérie Pécresse, elle, n'a pas reculé.

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