Comment Arnaud Montebourg a (presque) réussi à ne pas dire de mal de François Hollande et Manuel Valls

Publié à 10h33, le 07 octobre 2014 , Modifié à 16h54, le 17 octobre 2014

Comment Arnaud Montebourg a (presque) réussi à ne pas dire de mal de François Hollande et Manuel Valls
Arnaud Montebourg face à Jean-Jacques Bourdin, mardi 7 octobre 2014 © Captures d'écran - Montage Le Lab

Arnaud Montebourg signait son grand retour dans le jeu médiatique par une interview face à Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, mardi 7 octobre. Et le journaliste avait préparé tout un tas de questions sur François Hollande et Manuel Valls, espérant sans doute qu'en vue de 2017, celui qui est redevenu conseiller général de Saône-et-Loire lâcherait ses coups.

Las, l'ancien ministre de l'économie, toujours aussi critique de la politique de l'exécutif, s'est refusé à (presque) toute déclaration fracassante, à (presque) toute attaque ad hominem. La preuve en six exemples.

>> Hollande et Valls sont-ils à la hauteur ?

C'était LA question de Jean-Jacques Bourdin, posée à de multiples reprises au cours de ces quelque 20 minutes d'interviews. Et globalement, Arnaud Montebourg a préféré calmer le jeu. Le journaliste a notamment rappelé à l'ancien ministre ses reproches envers le chef de l'État, formulés dimanche 5 octobre pour sa rentrée politique : "ne pas avoir renégocié le traité européen, ne pas avoir combattu les politiques d'austérité, ne pas avoir fédéré ceux qui attendaient de la France un leadership..."

Question de Jean-Jacques Bourdin : "Est-ce que ça veut dire qu'il n'est pas à la hauteur ?" Dialogue :

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- Arnaud Montebourg : Je dépersonnaliserais le débat parce que d'une certaine manière, c'est le gouvernement.



- Jean-Jacques Bourdin : C'est vous qui le personnalisez, quand vous dites qu'il n'a pas combattu les politiques d'austérité.



- Arnaud Montebourg : Non, je ne l'ai pas dit ça comme ça. J'ai dit que c'était une erreur qu'il n'y ait pas de leadership alternatif de la France sur des idées nouvelles en Europe pour sortir de la crise. Et non pas cette obsession, partagée par tous les pays européens, de couper partout les dépenses et de couler l'économie.

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Plus tard, même question : François Hollande est-il à la hauteur de la situation ? Réponse évasive du ministre, qui replace le débat au niveau européen : "La zone euro est un ilôt de stagnation économique, à cause de l'ensemble des politiques européennes des dirigeants des États membres européens et soutenus par la Commission de Bruxelles".

Mais le journaliste revient à la charge, demandant à Arnaud Montebourg s'il est "déçu" de n'avoir pas réussi à faire infléchir la politique du gouvernement. Il obtient alors un semblant de réponse :

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- Arnaud Montebourg : On n'est pas pas à la hauteur de la gravité de la situation économique.



- Jean-Jacques Bourdin : Ça veut dire qu'aujourd'hui, le président de la République et le Premier ministre ne sont pas à la hauteur de la situation ?



- Arnaud Montebourg : Je dirais qu'il est encore temps d'infléchir...



- Jean-Jacques Bourdin : Ils ne sont pas à la hauteur ? C'est ce que vous dites, confirmez-le.



- Arnaud Montebourg : Je vous réponds : il est encore temps d'infléchir les décisions qui sont en train d'être prises.



- Jean-Jacques Bourdin : Est-ce qu'ils sont à la hauteur de la fonction ?



- Arnaud Montebourg : Je l'espère.



- Jean-Jacques Bourdin : Vous l'espérez, vous avez des doutes.



- Arnaud Montebourg : Je l'espère, monsieur Bourdin.



- Jean-Jacques Bourdin : Vous avez des doutes, monsieur Montebourg.

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>> Hollande, un esprit solitaire qui a parfois tous les pouvoirs, qui n'écoute pas ?

Le journaliste rappelle à l'ex-ministre une autre phrase qu'il a prononcée lors de son discours dimanche, présentant le chef de l'État comme "un esprit solitaire qui a parfois tous les pouvoirs". Et Arnaud Montebourg maintient mordicus qu'il ne s'agit pas d'une attaque personnelle, mais d'une critique des institutions de la Ve République :

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Je ne parle pas de François Hollande, je parle du système politique parce que son prédécesseur, c'était la même chose. J'ai vu la mécanique du système politique. [...] C'est une critique du système politique, qu'il faut réformer d'urgence. 

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>> Montebourg revoterait-il pour François Hollande ?

Jean-Jacques Bourdin tente donc une autre approche : "Est-ce que vous revoteriez François Hollande ?" demande-t-il. "Je n'en suis pas là, je ne peux pas vous répondre, élude Arnaud Montebourg. Il reste deux ans et demi à accomplir.[...] On doit laisser le temps au gouvernement et le gouvernement Valls 2 doit avoir le temps d'infléchir sa politique. Je lance un appel à Manuel Valls". 

>> Hollande et Valls sont-ils en train de tuer la gauche ?

Nouvelle tentative de Jean-Jacques Bourdin, plus offensive encore. "François Hollande et Manuel Valls sont-ils en train de tuer le PS, la gauche ?" Réponse franche de l'ex-ministre, cette fois, mais toujours sans citer les deux hommes :

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En tous cas elle est en miettes et elle est discréditée, à cause de cette politique, de décisions qui nous engagent tous. Nous sommes nous-mêmes contaminés pas ces décisions.

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>> "Hollande et Valls sont-ils en train de porter un coup fatal à l'économie française ?"

Toujours plus offensif, et réponse toujours plus franche d'Arnaud Montebourg : 

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Écoutez, en tous cas, il y a des dirigeants politiques - euh pardon, des penseurs de l'économie qui le disent et des dirigeants politiques qui le pensent. Je le pense. L'économie est à l'arrêt

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>> Trahison ?

Jean-Jacques Bourdin ne prend plus de pincettes : "Manuel Valls a-t-il trahi ?" Mais sans succès :

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Je ne dis pas ça, le Premier ministre répondra lui-même de sa politique dans son discours de politique générale et ultérieurement

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