Au FN, plus personne n'est d'accord sur le délai fixé pour la sortie de l'euro

Publié à 12h34, le 01 mai 2017 , Modifié à 15h08, le 01 mai 2017

Au FN, plus personne n'est d'accord sur le délai fixé pour la sortie de l'euro
Sur la sortie de l'euro, personne n'est plus d'accord avec personne au FN © Montage Le Lab via AFP

CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT - Marine Le Pen promet toujours que la France sortira de l’euro au cours de son quinquennat, si elle est élue présidente de la République le 7 mai. La présidente-en-congé-du-FN veut instaurer une cohabitation entre une monnaie nationale (le "nouveau franc") et l’euro (qui ne serait plus qu’une "monnaie commune" servant aux échanges entre États, et non plus une monnaie unique). Mais au Front national, plus personne ne sait avec précision quand ce grand changement se produirait. Une énorme confusion vient en effet de s’installer à ce sujet pourtant majeur dans le programme frontiste, et ce à six jours à peine du second tour.

C’est l’annonce de l’accord entre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, samedi 29 avril, qui est à l’origine de ce cafouillage. Un point de ce document, qui amène quelques modifications au programme de la finaliste de la présidentielle, est consacré au "patriotisme pragmatique, qui privilégie les décisions de bon sens". "La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute politique économique, le calendrier sera adapté aux priorités et défis immédiats que le gouvernement de la France devra relever", est-il écrit. Tout cela reste donc très vague et aucune date n’est avancée, les deux responsables se bornant à promettre que "tout sera fait pour organiser sereinement la transition".

Mais cela était presque passé inaperçu. C’est en fait Marion Maréchal-Le Pen qui, dans la foulée de l’officialisation de cet accord, a ravivé la polémique en affirmant que cette question de la monnaie susciterait "un long débat, vraisemblablement peut-être de plusieurs mois, ou peut-être plusieurs années avant que nous prenions cette décision historique" de sortir de l’euro. Voilà qui entre en contradiction avec la promesse de Marine Le Pen d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE "six mois après" son accession au pouvoir, afin d’entériner ou non le résultat des négociations conduites avec nos partenaires européens.

Et ce lundi 1er mai, au beau milieu de la dernière ligne droite qu’est la campagne d’entre-deux-tours, les divers cadres frontistes donnent tous des réponses différentes à la question du calendrier précis pour la sortie de l’euro.



  • Marine Le Pen

Sur Europe 1, la candidate elle-même tient un propos des plus ambigus. Elle dit :

 

Les négociations prendront un certain nombre de mois. J’ai fixé six mois, mais après tout, si ça dure huit mois ou dix mois, c’est pas le sujet. L’important, c’est d’obtenir gain de cause pour que cette monnaie unique se transforme en monnaie commune.

Marine Le Pen avait déjà annoncé un report du début de ces négociations. Au départ, elle promettait de les engager dès le lendemain de son élection. Puis, en mars et en avril, la candidate avait indiqué qu’il serait nécessaire d’attendre les élections législatives en Allemagne (prévues fin septembre 2017) voire le renouvellement du Parlement italien (au plus tard en mai... 2018) pour savoir avec quelles forces politiques il faudrait négocier. Ce qui ne l’empêchait pas de maintenir que "le référendum aura lieu dans les six mois" après son élection. Aujourd’hui, cela se transforme donc potentiellement en "huit mois ou dix mois". Bon.



  • Florian Philippot

Sur France Inter, le numéro 2 du FN promet d’abord, au sujet de la baguette de pain, que "vous la payerez un an après [l’élection], très probablement, en francs". Un an donc. Mais la suite de son propos est beaucoup plus floue :

Le projet, il est assez clair, il est explicite : nous entamons des négociations en arrivant au pouvoir pour retrouver notre souveraineté nationale - il n'y a pas que la monnaie dans la vie, il y a aussi les frontières, le patriotisme économique, la souveraineté budgétaire, la souveraineté législative. Et six mois après - ça peut être sept, ça peut être huit, ça dépend de l’avancée des négociations, mais on a fixé une durée qui soit une référence -, il y a ce référendum afin que les Français puissent se prononcer sur l’accord qui aura été passé.La question de l’euro, c’est la question qu’on doit aborder à partir du moment où y’aura eu les élections législatives en Allemagne, c’est-à-dire septembre 2017, automne 2017. 2018, nous serons à plein, en train de finaliser les négociations ou de faire le référendum, ou il aura déjà été fait, selon l’avancée. Mais vous savez, tout cela dépend aussi de l’attitude de l’Union européenne. Est-ce qu’elle continue à se radicaliser, à jouer contre les peuples, ou est-ce qu’elle veut muter en ce que nous on appelle l’Europe des nations, des projets, l’Europe des nations libres, des nations souveraines ?

 

Voilà donc Florian Philippot promettant tout à la fois un référendum au bout de six, sept ou huit mois, ou alors peut-être sera-t-il organisé seulement en 2018, mais en même temps peut-être aura-t-il déjà eu lieu, on ne sait pas trop.



  • Nicolas Dupont-Aignan

Sur BFMTV et RMC, le président de Debout La France, nouvellement allié au FN et futur Premier ministre en cas de victoire, se félicite d’avoir "convaincu Marine le Pen qu’il fallait prendre le temps de la négociation". Il ajoute :

Si Marine le Pen est élue, nous proposerons immédiatement à nos partenaires européens une négociation. Le changement indiqué dans cette plate-forme commune c’est que nous laissons du temps au temps pour le faire avec sérieux. Dans le précédent programme, il était écrit six mois. Nous avons dit que ça pouvait aller jusqu’à un an.

 

Maximum un an donc, ce qui nous renvoie au plus tard à mai 2018.



  • Jérôme Rivière

Sur RFI, ce membre du comité stratégique de campagne de Marine Le Pen (il travaille notamment sur le volet "défense" de son programme) a été beaucoup plus large, évoquant une souveraineté monétaire en "fin de quinquennat" :

Le calendrier qui est proposé correspond aux attentes des Français. Le séquencement des objectifs fait que cette souveraineté monétaire est un objectif pour la fin du quinquennat plus qu’un objectif pour les premiers jours du quinquennat.

 

Nous voilà donc tranquillement passés de "six mois" à cinq ans...



  • Louis Aliot

Sur Franceinfo:, l’eurodéputé et vice-président du FN, par ailleurs compagnon de Marine Le Pen, a eu lui aussi bien du mal à apporter des réponses précises à toutes ces questions. Il a ainsi avancé, dans un premier temps :

Il y a un délai qui a été fixé, de six mois. Mais ce six mois, évidemment, c'est un délai j'allais dire structurel, c'est pas ‘du jour au lendemain, on s'en va’. On discute. C'est six mois.

 

Hop, retour à "six mois" même si bon, ça peut être plus long. Restant totalement dans le vague, Louis Aliot a ensuite développé :

Il y a un délai j'allais dire de négociation qui, lui, sera un délai de négociation [sic]. Ça peut aller plus vite comme ça peut être un tout petit peu plus long. Mais dans tous les cas de figure, c'est une réorientation totale des traités de l'Union européenne vers laquelle nous allons. [...] Le seul fait de passer d'une monnaie unique à une monnaie commune, ça demande déjà une négociation et un changement des traités. Ça se fait pas comme ça, du jour au lendemain. Le but, c'est pas de créer le chaos, le but c'est de réorienter l'Union européenne, de réorienter l'Europe, voilà.

 

Le mystère s’épaissit.



  • Stéphane Ravier

Sur RTL enfin, le sénateur-maire FN du 7ème arrondissement de Marseille, membre du conseil stratégique de campagne de Marine Le Pen, évoque un délai de négociations de "six mois maximum", avec un référendum dans la foulée, puis "un ou deux ans" pour sortir de l’UE :

- Journaliste : C’est quand, la sortie de l’euro ?



- Stéphane Ravier : Cela se fera en temps voulu. Il faut être peut-être plus pédagogue encore, expliquer, c’est un sujet compliqué. C’est un sujet qui non pas effraie les Français, mais ils s’interrogent. Cela mérite de prendre le temps de négocier et d’expliquer aux Français à l’occasion d’une campagne référendaire. [...]



- Journaliste : Vous ne pouvez pas nous dire en combien de temps Marine Le Pen sortira de l’euro ?



- Stéphane Ravier : Non, non non. Six mois de négociations me semble être le temps nécessaire car encore une fois le sujet est compliqué, il mérite qu’on prenne du temps. Six mois, cela suffira, et un référendum sera organisé pour que les Français décident.



- Journaliste : Au bout de combien de temps (ce référendum, ndlr) ? Au bout de six mois ?



- Stéphane Ravier : Marine Le Pen prendra langue très rapidement avec nos partenaires européens (pour leur dire) que la situation a changé.



- Journaliste : Quand Marion Maréchal-Le Pen dit ça prendra plusieurs mois, peut être plusieurs années…



- Stéphane Ravier : Non, ça prendra six mois maximum de négociation, à partir de très vite, et si le peuple français a confirmé qu’il fallait sortir de cette organisation européenne-là [...], eh bien les traités prévoient un ou deux ans pour que le processus aille à son terme. Ce délai-là figure dans les traités.

Bref, on n'y comprend plus rien.

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