Bygmalion : le(s) mensonge(s) de Nicolas Sarkozy sur sa mise en examen

Publié à 12h07, le 16 septembre 2016 , Modifié à 12h09, le 16 septembre 2016

Bygmalion : le(s) mensonge(s) de Nicolas Sarkozy sur sa mise en examen
Nicolas Sarkozy sur le plateau de L'Émission Politique, sur France 2, jeudi 15 septembre 2016 © Thomas SAMSON / AFP

"On m'a fait beaucoup de reproches dans ma vie politique - pas de mentir. Jusqu'à présent, ce n'est pas ce que j'ai entendu." Certains avaient eu deux ou trois choses à redire à cette affirmation catégorique de Nicolas Sarkozy, fin août. Sans nécessairement l'accuser de "mentir", force est de constater que ses prises de parole sont régulièrement entachées d'erreurs factuelles ou d'intox plus ou moins grossières. Et puis il y a parfois, tout de même, quelques vrais mensonges bêtes et méchants.

Ce fut le cas au sujet de ses ennuis judiciaires et plus particulièrement de l'affaire Bygmalion, durant L'Émission Politique sur France 2 jeudi 15 septembre. Nicolas Sarkozy a ainsi affirmé sans ciller qu'il n'avait pas été mis en examen pour les raisons pour lesquelles il a... été mis en examen. L'ancien chef de l'État a ainsi déclaré :

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J'ai été mis en examen - et demain ça sera facile de vérifier si je dis la vérité ou pas - pour le seul fait de dépassement du plafond de ma campagne. Délit formel.

 

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# Un mensonge

Comparons désormais ce propos avec le communiqué de presse du procureur de la République de Paris daté du 16 février, dans lequel on apprenait ceci :

 

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Nicolas Sarkozy [...] a été mis en examen du chef de financement illégal de campagne électorale pour avoir, en qualité de candidat, dépassé le plafond légal des dépenses électorales (article 113-1 3 du code électoral).

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Visiblement, l'ex-Président ne se souvient pas de cette histoire de "financement illégal de campagne électorale". C'est pourtant pour ce même motif que la section financière du parquet de Paris a requis son renvoi en correctionnelle (ainsi que de 13 autres mis en examen dans ce dossier). C'est désormais aux juges d'instruction de décider si Nicolas Sarkozy aura bien un procès ou non (qui de toute façon ne devrait pas avoir lieu avant l'élection présidentielle) pour son implication dans l'affaire Bygmalion.

Pour être clair, Nicolas Sarkozy est suspecté d'avoir dépassé le plafond des dépenses électorales autorisé, d'avoir "omis de respecter les formalités d'établissement du compte de campagne" et d'avoir "fait état, dans le compte de campagne ou dans ses annexes, d'éléments comptables sciemment minorés". Il ne s'agit donc pas du "seul fait de dépassement du plafond de [sa] campagne", comme il l'affirme. Voici l'extrait du réquisitoire définitif du parquet à son sujet, envoyé à tous les avocats de toutes les parties et que s'est procuré Europe 1 :



Dans son réquisitoire largement publié par Marianne, le parquet de Paris évoque également la question de la multiplication des meetings durant la campagne, qui ont fait exploser les comptes alors même que les experts comptables de la campagne avaient alerté sur le dépassement du plafond. "À la suite de l’alerte du 7 mars, le candidat et son équipe décidaient d’augmenter très fortement le nombre de meetings", souligne le procureur, raison pour laquelle il considère que la responsabilité de l’ancien Président est "pleinement engagée du chef de financement illégal de campagne, car il était démontré qu’il avait donné, en connaissance de cause, des instructions en faveur d’une augmentation des dépenses, au mépris des recommandations contraires des experts comptables".

Cela n'empêche pas Nicolas Sarkozy de considérer que "[sa] probité est vierge" dans cette affaire. Mais c'est aux juges qu'il appartient désormais de le dire.

# Et un gros enfumage

Au-delà de ces affirmations erronées sur sa mise en examen, le candidat à la primaire de la droite a aussi repris un argumentaire bancal cher à son camp, selon lequel les faits qui lui sont reprochés auraient "déjà été sanctionnés" par le Conseil constitutionnel. Si les Sages ont effectivement invalidé ses comptes de campagne en 2013, on parle ici de choses différentes.

À l'époque, le Conseil constitutionnel avait constaté que les dépenses de campagne du président-candidat "excédaient de 466.118 euros" le plafond autorisé. L'enquête sur l'affaire Bygmalion et le système de fausses factures payées par l'UMP a ensuite révélé des sommes éminemment plus importantes : il est aujourd'hui établi que le dépassement s'élève à plus de 23 millions d'euros au-delà du plafond maximum de 21,5 millions. 

D'autre part, le Conseil constitutionnel n'avait pas abordé un certain nombre de faits dont Nicolas Sarkozy est actuellement suspecté. Notamment, comme précisé plus haut, d'avoir "fait état, dans le compte de campagne ou dans ses annexes, d'éléments comptables sciemment minorés".

Il s'agit donc bien de deux affaires distinctes et Nicolas Sarkozy tente de semer la confusion entre elles, en estimant qu'"il serait intéressant de voir au nom de quoi, en France, on peut être condamné deux fois pour la même chose".



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