Cafouillage gouvernemental : Vidalies et Martin enterrent la taxation du diesel, Sapin et Moscovici assurent que rien n'est tranché

Publié à 20h25, le 11 septembre 2013 , Modifié à 09h36, le 12 septembre 2013

Cafouillage gouvernemental : Vidalies et Martin enterrent la taxation du diesel, Sapin et Moscovici assurent que rien n'est tranché

Encore un cafouillage dans le gouvernement Ayrault. Les ministres de l'Écologie et des relations avec le Parlement ont annoncé en début de journée un abandon du projet gouvernemental de taxer davantage le diesel. Mais face à la fronde des écologistes, les ministres de l'Économie et du Travail sont montés au créneau en fin de journée pour indiquer que cette mesure délicate n'était, en fait, "pas tranchée".

Acte I : les déclarations du ministre de l'Écologie

Le gouvernement ne prévoit pas de "disposition" pour réduire l'avantage fiscal du diesel sur l'essence dans le projet de loi de finances 2014, peut-on lire dans une dépêche AFP, peu avant 13h.

Pour sa première conférence de presse depuis qu'il a remplacé Delphine Batho, Philippe Martin le ministre de l'Ecologie et de l'Energie déclare : 

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Il n'y a pas de disposition qui concerne de manière spécifique ce qu'on peut appeler la convergence fiscale du diesel et de l'essence [d'environ 18 centimes actuellement, ndlr] .

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Acte II : les écologistes hurlent

Une heure plus tard, toujours cité par l'AFP,  Pascal Canfin se dit "très surpris" de cette annonce.

Et le ministre délégué au Développement d'argumenter :

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Il y a 15.000 morts par an par le diesel, c'est un cancérigène certain, on ne peut pas ne rien faire sur ce carburant comme on n'a rien fait sur l'amiante. Le diesel est un problème de santé publique.

Si la porte est fermée sur la fiscalité diesel, qu'est-ce que le gouvernement propose comme solution pour qu'on arrête de subventionner un produit aussi meurtrier ?

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Il ajoute que ni lui, ni l'autre ministre EELV au gouvernement, Cécile Duflot n'étaient informés de cette disposition "malgré des réunions régulières" avec leurs collègues. 

Parallèlement, François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale prévient que "le budget 2014 tel qu'il a été présenté est illisible et pas votable en l'état" en lui reprochant "une absence totale de précisions sur la fiscalité écologique" dont "un très mauvais signal" sur le diesel.

Acte III : le ministre rétropédale

Philippe Martin assure alors à l'AFP avoir été mal compris et que la question de la fiscalité diesel n'avait pas encore fait l'objet d'"un arbitrage particulier" :

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Je ne cautionne pas que je ferme la porte à une hausse du diesel ou que l'avantage fiscal sera maintenu, je ne le sais pas et je ne le dis pas.

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Le ministre explique également au Monde avoir eu une explication de gravure avec Cécile Duflot, et lui avoir expliqué en début d'après-midi que "Pascal Canfin avait réagi un peu vite".

Acte IV : Moscovici et Sapin arrivent en pompier

Rien n'est tranché répète sur tous les tons le ministre de l'Economie, invité du Grand Journal de Canal Plus en début de soirée.  Pierre Moscovici promet qu'"à l'issue de la conférence environnement", la semaine prochaine, "il y aura un arbitrage de tous ces sujets-là" et demande, d'ici là, "un peu de patience".

Interrogé sur la colère des écologistes, le patron de Bercy souhaite que ces derniers "attendent que cette conférence environnementale ait lieu, et c'est à ce moment-là que sera connue la fiscalité écologique".

Interrogé sur BFM TV en début de soirée, le ministre du Travail se place exactement sur la même ligne que Bercy. Après avoir voulu minimiser la polémique - "typiquement la nouvelle qui existe à midi et qui sera éteinte à 20 heures" - Michel Sapin temporise : 

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Il y a un débat sur un sujet, la fiscalité écologique. Pour dire les choses simplement à cette heure ci, à ce moment ci, ce débat continue. Ce n'est pas tranché.

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"Il y a une conférence gouvernementale qui aura lieu dans une semaine, le vendredi et le samedi. On va parler, aussi, de ce sujet", ajoute Michel Sapin.

Acte V : Oups, Vidalies a dit la même chose que Martin

Mais Philippe Martin n'est pas le seul ministre à avoir parlé trop vite. Le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, a lui aussi assuré ce mercredi lors d'une émission enregistrée à la mi-journée et diffusée en fin d'après-midi qu'un alourdissement de la taxation du diesel était "abandonnée" par le gouvernement.

Invité de l'émission "Question d'Info" LCP/FranceInfo/AFP/LeMonde, Alain Vidalies indique qu'il "y aura dans le budget [...]  une contribution Climat énergie" mais qu'il faut oublier l'augmentation de la taxation du diesel :

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La seule chose que je peux vous dire, parce que c'est dans ce cadre-là qu'avait été envisagée une taxe sur le gazole, (c'est) que cette piste, dans la mesure où elle est très pénalisante pour un certain nombre de ménages, est à ce jour abandonnée.

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A voir en vidéo ci-dessous à partir de 12 minutes et 30 secondes :

Acte VI : Et hop, Najat Vallaud-Belkacem contredit Alain Vidalies en beauté

Jeudi de bon matin, sur Radio classique, la porte-parole du gouvernement veut mettre les choses au clair. Mais au vu de l'imbroglio de la veille, la chose est complexe. Alors qu'Alain Vidalies assurait que la piste "taxe gazole" était totalement évacuée de la contribution climat énergie, NVB dit l'inverse.

Et va même plus loin que Pierre Moscovici ou Michel Sapin en évoquant au futur un "aménagement" de la fiscalité sur le diesel, dans le cadre de cette contribution:

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Les contours de la contribution climat énergie ne sont pas définitivement arrêtéspour le moment, on en saura plus d’ici la fin du de mois de septembre.

Or la fiscalité du diesel, c’est dans ce cadre là qu’elle sera aménagée, en rapport avec celle de l’essence par ailleurs. On est dans cet équilibre entre taxer les activités polluantes et taxer moins les activités non polluantes.

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Du rab sur le Lab

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