Chassain, cet UMP qui crée des ponts avec le FN et que Copé avait promis d'exclure

Publié à 17h08, le 29 octobre 2012 , Modifié à 18h06, le 29 octobre 2012

Chassain, cet UMP qui crée des ponts avec le FN et que Copé avait promis d'exclure
Roland Chassain en juin 2012 (Maxppp)

RETOUR SUR - "Moi je défendrai tout à fait cette idée, clairement, l'exclusion." En juin, Jean-François Copé promettait de retirer à Roland Chassain sa carte de l'UMP.

Son tort : s'être désisté au second tour des législatives, dans les Bouches-du-Rhône, au profit de la candidate du Front national, finalement battue par un socialiste.

Quatre mois plus tard, l’ancien député, maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, n’a pas reçu l’ombre d’une lettre d’exclusion, a gardé son poste de délégué UMP dans sa circonscription … et s’avère être un militant pro-Copé  à ses heures perdues. Il détaille au Lab ses attentes vis-à-vis de son parti et de son rapport au FN.

  1. "Ca a causé à Copé quelques tracas"

    L’homme a vingt ans de politique derrière lui, un étiquetage UMP tendance Droite populaire et la ferme intention de ne pas se plier au diktat du "ni-ni". En juin dernier, Roland Chassain n’a pas, à proprement parlé, "appelé à voter" pour Valérie Laupies, la candidate FN … Il a demandé à ses électeurs de "tout faire pour faire battre Michel Vauzelle, le candidat PS". Ce qui, dans les urnes, revient au même :

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    J’étais très clair dans mon communiqué : je n’ai pas demandé de voter pour un candidat, mais bien appelé à voter contre un candidat. Ensuite, que les électeurs aillent à la pêche, s’abstiennent ou choisissent Madame Laupies, ça m’est égal.

    De fait, dans ma commune, ils ont voté à 72% pour la candidate FN.

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    Un comportement qui lui a valu une vraie promesse d’exclusion par son secrétaire général. Voilà ce que Jean-François Copé assurait alors le 13 juin :

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    Il y a un bureau politique. Ce sera évoqué là [...]. On en parlera mercredi prochain. Moi je défendrai tout à fait cette idée, clairement, d'exclusion. Nous avons fait le choix de ne faire aucune alliance avec les extrêmes.

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    Et puis … rien du tout. Comme Roland Chassain l’expliquait déjà sur Canal Plus le 24 juin, Jean-François Copé lui a conseillé de "laisser passer les orages". Quatre mois plus tard, il observe la situation sans étonnement :

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    Depuis quand un parti exclut-il quelqu’un au cours de son bureau national ?! Les partis ne sont pas là pour exclure. (…)

    Je sais que ça a causé à Jean-François Copé quelques tracas, en tant que secrétaire général il a dû se prendre quelques réflexions.

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    En public, on le condamne. En privé, on lui assure que tout ça n’est que ponctuel. "Avant de publier mon communiqué de désistement, renchérit Roland Chassain, je l’ai envoyé à Jean-Claude Gaudin [le maire UMP de Marseille, ndlr]. Il m’a dit que ce que j’avais écrit était très bien."

    Lors d’une conférence de presse, l’heure était pourtant au désaveu pour le maire de Marseille :

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    Nous n’avons pas d’accord avec le Front national, nous n’en avons jamais eu. M. Chassain a dit quelque chose qui est son opinion, pas la nôtre qui est beaucoup plus claire, mais nous ne sommes pas dans un parti stalinien.

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    Roland Chassain se moque bien de cette dualité public/privé. La preuve, c’est sans rancune qu’il a décidé de soutenir Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Lors d’un meeting à Marseille le 22 octobre, le site d’information Marsactu.fr est allé recueillir ses impressions. Roland Chassain apprécie le discours "vrai, décomplexé" de l’actuel secrétaire général et aimerait que celui-ci applique, à terme, ses propres idées. Il précise au Lab :

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    Je ne parle pas d’alliances avec le FN – ce qui équivaudrait à signer quelque chose – mais de discussions au cas par cas : dans certaines régions, ne pas s’allier avec l’extrême-droite c’est perdre nos élus.

    Les passerelles sont nécessaires entre ces partis à droite pour répondre à la gauche.

    Collard vient de créer l’association Rassemblement bleu Marine pour fédérer au-delà du FN aux municipales, je trouve cela très intelligent.

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    Pour Jean-François Copé, pas question en tout cas de s’étendre sur le "cas" Chassain et sur sa présence dans ses meetings. Interrogé à ce sujet sur France Culture ce 29 octobre, il prend la mouche et balaye :

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    Je ne peux pas accepter ce procès d’intention. Je vous rappelle que Roland Chassain a été désavoué pour les propos qu’il a tenus, il a été battu à ces élections.

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    Fermez le ban.

    Le candidat, déchu mais pas démis, n’a quant à lui pas l’intention de changer sa ligne d’un iota. Les élections municipales de 2014 seront un prochain terrain d’expérimentation des "discussions" possibles pour "créer des passerelles". Il le répète : il a plus de points communs avec "ceux du Front", comme il les appelle, qu’avec les socialistes "qui osent s’allier avec le Front de gauche, le NPA … alors que ce qu’ils disent n’est pas plus joli que Monsieur Le Pen en son temps !".

    Et puis, au niveau national, Roland Chassain a une autre conviction :

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    Si, pendant la campagne, Nicolas Sarkozy avait annoncé l’arrivée d’un membre du FN dans son prochain gouvernement, il serait passé.

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Du rab sur le Lab

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