La droite est-elle anglophobe ?

Publié à 12h04, le 17 décembre 2011 , Modifié à 14h11, le 17 décembre 2011

La droite est-elle anglophobe ?
Nicolas Sarkozy et David Cameron à l'Elysée le 2 décembre 2011 (Reuters).

L'arroseur arrosé ? Après avoir tiré à boulets rouges contre une gauche accusée de germanophobie, la droite se trouve aujourd'hui taxée d'anglophobie. En cause, les propos peu amènes du ministre de l'Economie, François Baroin, envers nos voisins d'outre-Manche. Des déclarations, fustigées par la presse anglaise, qui n'ont pas échappé à notre blogueur Romain Pigenel. D'accors, pas d'accord, le Lab lance le débat !

  1. Lettre ouverte à François Fillon

    Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce,

    Vous avez, enfin tu as (tu permets qu'on se tutoie entre twittos?) fait preuve de votre amour de l'internationalisme il y a quelques semaines en condamnant vivement la "dérive stupide aux relents germanophobes" que vous perceviez au sein de l'opposition. Le socialiste internationaliste que je suis ne peut qu'applaudir ton souci courageux de mettre l'amitié entre les peuples au-dessus des minuscules péripéties économiques que nous traversons vaguement en ce moment. C'est vrai, que pèsent les atermoiements d'Angela Merkel et son rôle dans la crise européenne, devant la beauté millénaire et charlemagnesque de l'amitié entre la France et l'Allemagne ?

    Depuis ton salutaire rappel à l'ordre, je sais que je peux compter sur toi pour siffler la fin de la récréation en pareille situation. D'où ce courrier, pour porter à ton attention quelques faits qui me scandalisent et que tu as peut-être vu passer sur Twitter, toi qui surveilles tout ce qui s'y passe.

    Donc le truc, c'est qu'il y a une dérive stupide aux relents anglophobes qui est en train de monter crescendo. Je suis très inquiet.

    Ça a commencé un bonhomme nerveux dont j'ai oublié le nom (on le voit souvent à la télévision venir expliquer que la crise est sous contrôle, il a un nom en -y, Balkozy, Sarkany, je ne sais plus) qui a vraiment mal parlé au Premier ministre britannique : "Tu as perdu une bonne occasion de la fermer ! On est fatigués de tes critiques et de tes conseils". Même qu'il ne s'est pas arrêté là et qu'il lui a remis la semaine dernier un sacré vent, une Brice de Nice, un "parle à ma main" ! Non mais tu te rends compte François, qu'est-ce qu'on va dire à Londres ? Parce qu'en plus je crois que ce Salkozy, Barkany, je ne sais plus, a vraiment une fonction importante, qu'il nous représente plus ou moins à l'étranger.

    S'il n'y avait eu que ça, je ne me serais pas permis de te déranger. Mais il y a eu des suites. Déjà le gouverneur de la Banque de France, un certain Christian Noyer. C'est pas toi qui l'as nommé, dès fois ? Parce qu'il a encore remis un bonne louche d'huile sur le feu, jeudi, en expliquant officiellement que c'était la Grande-Bretagne et non pas la France qu'il fallait que les agences de notation dégradent. "En outre, la dégradation [de la France] ne me paraît pas justifiée au regard des fondamentaux économiques. Ou alors, il faudrait qu'elles commencent par dégrader le Royaume-Uni qui a plus de déficits, autant de dettes, plus d'inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s'effondre". Tu te rends compte ? Quand on sait comme « les marchés » sont sensibles aux prises de parole officielles, à la confiance, tout ça ?

    Et ce n'est pas fini ! Pas plus tard que vendredi, j'ai entendu encore pire à la radio. Tu sais ce jeune type qui était porte-parole de Chirac, le maire de Troyes, François Baroin ! J'ai cru comprendre qu'il s'occupe maintenant de nos finances mais ça m'étonnerait, il n'a pas l'air d'y entendre grand chose. Bref. Toujours est-il qu'il a eu le toupet de dire ça : "On n'a pas de leçons à donner, mais on n'a pas de leçons à recevoir. On en a reçu quelques-unes, mais c'est vrai que la situation économique de la Grande-Bretagne, elle est aujourd'hui très préoccupante, et qu'on préfère être français que britannique en ce moment".

    Vraiment je ne comprends pas cet acharnement contre nos voisins d'outre-Manche. Est-ce que tu pourrais officiellement rappeler à l'ordre ces personnes ? Leur dire publiquement que leur comportement est "irresponsable", qu'il est "indécent de jouer sur des formes du sentiment national qui appartiennent au passé", qu'il est "dangereux d'instrumentaliser le patriotisme pour caricaturer et pour blesser nos partenaires", comme tu as su le dire à Montebourg et Le Guen ? Et appeler Jean-François Copé à avoir "la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis", comme tu l'as demandé à François Hollande ?

    Je compte sur toi.

    Je te pris d'accepter, Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce, mes respectueuses salutations.

    @Romain_Pigenel

  2. Notre économie est plus grosse que la vôtre...

    Sur The Guardian

    "Notre économie est plus grosse que la vôtre", c'est ainsi que le très sérieux quotidien britannique The Guardian résume les propos de François Baroin vendredi sur Europe 1. Le ministre de l'Economie avait déclaré qu'il "préférait être français que britannique en ce moment". Cette déclaration n'est pas passée inaperçue outre-Manche.

    EXTRAIT DU GUARDIAN

    Les politiques français sont au même niveau que des enfants se chamaillant dans une cour de récré. Deux ministres et le gouverneur de la Banque de France se sont abaissés à insulter l'Angleterre et l'état de son économie. La France s'est lancée dans une gué-guerre à la 'j'en ai une plus grosse que toi'.

    Le Daily Mail se réjouit pour sa part que l'Allemagne et l'Angleterre se soit "réconciliées" sur le dos de la France.

    EXTRAIT

    Mais hier (vendredi) c'était la France et son président Nicolas Sarkozy qui n'avaient plus aucun ami.

    Le Telegraph rapporte, dans un long article consacré aux relations franco-britanniques, que David Cameron refuse même de répondre au téléphone à Nicolas Sarkozy et laisse son assistant le faire.

    EXTRAIT

    La relation entre Davd Cameron et Nicolas Sarkozy s'est tellement dégradée que les deux communiquent via leur assistants interposés.

    Lire ici les propos de François Baroin sur l'économie britannique

    Lire ici la charge de François Fillon et Christian Noyer sur la dette britannique

  3. A lire sur le Lab : Sarkozy/Cameron, la mésentente cordiale

    Sur Le Lab

    David Cameron et Nicolas Sarkozy à Paris, le 1er septembre 2011 (Reuters)

    Partie sur de bonnes bases, la relation entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre conservateur David Cameron s'est lentement dégradée depuis dix-huit mois. Le Lab revient sur les épisodes successifs de cette "mésentente cordiale". Voir notre article ici.

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