Le PS a-t-il vraiment enterré la lutte des classes ?

Publié à 17h37, le 08 janvier 2013 , Modifié à 18h56, le 08 janvier 2013

Le PS a-t-il vraiment enterré la lutte des classes ?
Harlem Désir, à l'université d'été de La Rochelle du PS (photo MaxPPP)

CLIVAGE - Un passage du duel entre Jérôme Cahuzac et Jean-Luc Mélenchon, lundi 7 janvier, dans l’émission Mots Croisés aura été particulièrement remarqué : la passe d’arme sur la lutte des classes.

Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de gauche, revendique alors la pertinence de cette grille de lecture marxiste de la société, longtemps inscrite au panthéon des principes socialistes.

Mais le ministre du Budget lui rétorque aussitôt qu'il n'y a jamais cru :

Vous vous y croyez toujours, moi je n'y ai jamais cru.

Techniquement parlant, et comme le rappelait Rue89 dans un dossier sur le sujet en 2011, le Parti socialiste n’a plus dans ses textes de référence à la lutte des classes.

"C’est dans sa déclaration de principe de 1990 que le PS abandonne le terme de « lutte de classe » et en 2008 qu’il élimine toute mention de « révolution »", écrivait ainsi le pure-player. Un concept qui avait été défini dans les statuts du PS et de son ancêtre, dès 1905

Pourtant, Jérôme Cahuzac n’est pas isolé au gouvernement. Et le détenteur du portefeuille du Budget n’est pas le premier membre de l’équipe de Jean-Marc Ayrault à prendre position contre ce marqueur idéologique fort du logiciel socialiste et marxiste. 

Mi-octobre, Fleur Pellerin déclarait ainsi au Parisienne pas croire à la lutte des classes. Mais précisait "dans les PME".

Cette petite phrase de Jérôme Cahuzac, révélatrice d’un tournant social-démocrate assumé par le parti à la Rose, n’a pas fait que des heureux au PS. 

Premier à réagir, sur Twitter, le député de l’aile gauche du PS, Jérôme Guedj, qui s’était montré très actif contre le traité européen :

Cantonné également à l’aile gauche du Parti, le volubile Gérard Filoche persiste à penser que la lutte des classes est toujours d’actualité et que ceux qui la nient se fourvoient :

une chose est absolument certaine, la lutte des classes existe et chacun peut la constater tous les jours ici et partout dans le monde

— Gerard Filoche (@gerardfiloche) Janvier 7, 2013

Comme le note également Marianne, les vœux twittés d’un autre déptué PS, Pascal Cherki, s’inscrivent également dans une logique de "lutte des classes". Des vœux anti-Medef qui avaient indigné la droite et recueilli le soutien de… Benoît Hamon, ministre de l’économie sociale et solidaire mais aussi tenant d’une ligne plus à gauche au PS. 

Ce même Benoît Hamon qui tançait, le 3 janvier, sur RTL, les "gémissements des plus fortunés" dans une rhétorique rappelant fort… la lutte des classes.

 
[Edit 18h55] Pour les Français, la lutte des classes est "une réalité"
 

Près de deux Français sur trois estiment que la lutte des classes est en France "une réalité", alors qu'ils étaient moins de la moitié à le penser il y a près de 50 ans, selon un sondage Ifop à paraître mercredi dans L'Humanité.
 
 
A la question "estimez-vous qu'en France, à l'heure actuelle, la lutte des classes est une réalité?", 64% des personnes interrogées répondent par l'affirmative, tandis que 25% considèrent qu'elle "n'est pas une réalité" et 11% ne se prononcent pas.
 
 
En 1967, à la veille de 1968, seulement 44% des Français estimaient que "la lutte des classes est une réalité", contre 37% qui disaient qu'elle "n'est pas une réalité". En 1964 40% répondaient qu'elle "est une réalité" et 39% qu'elle "n'est pas une réalité".

Du rab sur le Lab

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