Pour l'avocat de François Fillon, le travail d'assistant parlementaire n'est pas forcément "tangible"

Publié à 07h42, le 31 janvier 2017 , Modifié à 11h37, le 31 janvier 2017

Pour l'avocat de François Fillon, le travail d'assistant parlementaire n'est pas forcément "tangible"
Antonin Lévy, avocat de François Fillon, sur BFMTV

"Absolument toute la vérité" a été dite. Sur BMFTV lundi 30 janvier au soir, l'avocat de François Fillon vient faire le point après l'audition de son client et son épouse Penelope, par les enquêteurs du parquet national financier, cinq heures durant. L'ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle est accusé par Le Canard Enchaîné  d'avoir fourni à sa femme un emploi fictif d'assistante parlementaire, le soupçon pesant également sur le travail de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes.

Antonin Lévy explique donc que la défense du couple Fillon se poursuit : "Les enquêteurs ont reçu déjà un certain nombre d'éléments [de preuve], ils en recevront d'autres encore dans les jours qui viennent, nous sommes convenus d'un envoi complémentaire de pièces. Et donc toutes les explications ont été fournies, sur le détail, sur la matérialité, sur l'importance considérable du travail qui a été réalisé." En fin d'interview, il dira encore que "la réalité du travail de madame Fillon a été parfaitement apportée aux enquêteurs", que "tous les détails du travail qui a été accompli" ont été fournis, et souhaitera "que la justice reconnaisse que ce dossier est vide".

Mais entre temps, il se voit demander quelles preuves formelles de ce travail de collaboratrice parlementaire ont pu être apportées au parquet national financier, qui a ouvert une enquête préliminaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits". Il explique ensuite que ce travail n'est pas forcément très "tangible" ni "matériel", ce qui ne l'empêche pas d'être "réel" pour autant :

C'est ce qui a été expliqué pendant 5 heures. Le travail de collaborateur parlementaire, c'est pas de fournir des notes à son député, c'est pas de lui envoyer des mémos, c'est pas de lui faire des documents de synthèse, c'est parfois quelque chose de moins tangible, de moins matériel mais qui pourtant est tout aussi réel quand on regarde les choses après coup.



C'est le fait d'assister son député, de préparer avec lui ses discours, de l'aider, de les relire, de lui faire remonter la voix du terrain, la voix des électeurs, la voix de la Sarthe, les personnes qui vont au contact, le courrier massif qui arrive au domicile, aux différentes adresses, c'est faire passer au député les messages qu'on lui demande de transmettre, c'est concrètement être la personne de confiance, au quotidien, qui l'accompagne.

Une réponse à revoir en vidéo :



Puisque ce ne sont visiblement pas des "notes" ni des "mémos", reste alors à savoir quels "éléments" concrets ont pu venir attester de la réalité de ce travail pourtant non "tangible" ni "matériel". "Personne ne peut prétendre qu'elle ne l'accompagnait pas dans la Sarthe, qu'elle ne l'accompagnait pas dans les différentes manifestations", fait ensuite valoir Antonin lévy. Qui ajoute :

[Un parlementaire], il ne peut pas travailler seul. Un député n'est pas un surhomme . [...] Un député a des équipes qui travaillent avec lui et tout ne fait pas nécessairement l'objet d'un mémo, d'un document. Et donc le travail politique réalisé par François Fillon depuis 1998 est la preuve du travail réalisé par son épouse.

Penelope Fillon a été embauchée comme assistante parlementaire par son mari et son suppléant Marc Joulaud, entre 1998 et 2007 puis en 2012, une période durant laquelle a perçu environ 500.000 euros brut sur les caisses parlementaires. Par ailleurs, la Revue des deux mondes aurait versé un salaire de 5.000 euros bruts par mois pendant 20 mois à l'épouse du futur candidat de la droite à la présidentielle, le tout pour seulement deux fiches de lecture.

Sur LCP ce mardi, le député PS François Loncle (qui souhaite se mettre "en retrait" de la campagne présidentielle à venir pour ne pas soutenir Benoît Hamon, mais c'est une autre histoire) s'est indigné de ces propos d'Antonin Lévy, se disant "révolté" et appelant les assistants parlementaires à "réagir" :

Il a décrit le travail des assistants parlementaires de manière caricaturale. J'ai hésité entre les rires et les pleurs. Et en tout cas j'ai eu des réactions immédiates de mes propres assistants. C'est une caricature. C'est vraiment une fable totale et en plus, je crois que cet avocat se moque du monde.



Je serais les assistants parlementaires, je réagirais et peut-être que je porterais plainte contre cet avocat. C'est vraiment une offense contre ce beau métier d'assistant parlementaire et je ne doute pas qu'il y ait des réactions.

[Edit 11h35 : ajout propos Loncle]





[Edit 9h20]

Ce mardi matin sur RTL, Antonin Lévy poursuit la défense médiatique de son client. L'impact du travail d'un assistant parlementaire de député, "on le voit dans ses discours, on le voit dans sa politique au quotidien", plaide-t-il. "On devrait le voir aussi dans sa permanence et accessoirement à l'Assemblée nationale", lui rétorque le journaliste Yves Calvi. Mais l'avocat révèle alors que de permanence sarthoise, il n'y avait point, celle-ci se trouvant... au domicile des Fillon :

- Antonin Lévy : C'est une question qui n'a jamais été posée, mais il se trouve que François Fillon n'avait pas de permanence en tant que député. Cette permanence, elle se situait à leur domicile. Et à votre avis, qui est au domicile de la Sarthe, s'il n'y a pas de permanence ? Eh bien c'est Penelope Fillon



- Yves Calvi : La permanence officielle de François Fillon était à leur domicile dans la Sarthe ?



- Antonin Lévy : Y'avait pas de permanence, y'avait pas de permanence. Donc sa permanence, quand on voulait le voir... Si vous souhaitez voir votre député, soit vous allez le voir en effet à la permanence si elle existe, et si c'est pas le cas, vous allez le voir à son adresse. Tout le monde connaît l'adresse de François Fillon, dans la Sarthe.

Tout cela est quand même *un peu* dommage puisque l'IRFM (indemnité représentative de frais de mandat, d'un montant de 5.770 euros brut par mois) allouée à chaque député(e) sert, notamment, à couvrir les frais liés à cette permanence... 



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