Sarkozy à Toulon : le match des blogueurs

Publié à 17h21, le 02 décembre 2011 , Modifié à 03h35, le 03 décembre 2011

Sarkozy à Toulon : le match des blogueurs
Nicolas Sarkozy arrive à la tribune du Zénith de Toulon. (Reuters)

Pour le Lab, nos blogueurs Romain Pigenel et Delphine Dumont décryptent, chacun à sa manière, le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, jeudi soir. Vous aussi, participez au débat !

  1. Sarkozy au creux de la vague

    On dit parfois que la pédagogie, c’est la répétition. A ce compte-là, Nicolas Sarkozy a effectivement fait de la pédagogie à Toulon, comme il l’avait annoncé avant ce qui tenait plus du meeting de campagne que d’un discours présidentiel. Présentant une sorte de best-of des fondamentaux du sarkozysme, avec en toile de fond un double message : ce monde est dangereux; je suis le seul à pouvoir vous y guider sain et sauf, le seul à pouvoir "éclairer" le bon "chemin", comme dirait Jean-François Copé. "Je ne reviendrai jamais sur [mes] choix. A la différence de mes adversaires."

    Tous les fétiches du sarkozysme avaient donc répondu présent, et c’était même le sens de l’introduction du discours : de 2007 et 2008 à aujourd’hui, tout n’est que continuité et maîtrise, résultat de la volonté politique sarkozienne qui s’est inexorablement appliquée. "Je n’ai pas écouté ceux qui me conseillaient de ne rien dire". Le chef Sarkozy a décidé, tranché. "En septembre 2008, ici, à Toulon, au cœur de la tourmente, j’ai tracé une perspective". Tous les symboles peuvent alors être égrainés : le culte de la réforme (la crise appelle "à accélérer le rythme des réformes", "nous ne pouvons pas garder la même organisation de notre protection sociale que celle de l’après-guerre").

    La valeur travail (il faut ramener "le balancier de l’économie vers le travail", "ceux qui travaillent et qui sont proportionnellement de moins en moins nombreux", "répondre à la crise par le travail, par l’effort", "les 35 ont été une faute grave", "nous devons continuer d’encourager le travail et donc les heures supplémentaires") – avec un "sur l’emploi on n’a pas tout essayé" en guise de coup de pied de l’âne à Mitterrand. La dénonciation des assistés ("une minorité qui voudrait profiter du système", "L’habitude qu’avait prise l’Etat d’être un guichet où l’on répondait oui"). L’immigration et l’identité nationale ("nous n’accepterons pas une immigration incontrôlée qui ruinerait notre protection sociale, perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs").

    Certes, Sarkozy est flou, il ne propose rien de vraiment précis, mais ce n’est visiblement pas son souci du jour : il est venu faire de la politique, de l’idéologie, imposer une grille de lecture et des concepts.

    Ceci est le marteau. Et puis il y a l’enclume, la toile de fond : la peur, la description d’un monde menaçant, plein de promesses si on accepte de suivre le capitaine Sarkozy, mais néanmoins menaçant et implacable. "Prenons le temps de regarder autour de nous dans quelle situation se trouvent les pays européens qui n’ont pas pris à temps la mesure de la crise". "La tourmente". "Une gigantesque machine à fabriquer de la dette". "L’immense pyramide de dettes". "Des catastrophes dont la France ne se remettrait pas". "L’urgence"à laquelle il faut parer.

    Face à tant de menaces, il n’y a tout simplement pas de choix. TINA. C’est une constante de ce discours, la négation de toute alternative, voire de la possibilité même de choisir : "La seule façon de conjurer cette peur c’est de dire la vérité". "La vérité, c’est que". "La réforme des retraites ne pouvait être plus être différée". "Contester cette réalité, c’est mentir". "Les crises nous indiquent la voie à suivre". "Il y a une réalité que chacun doit comprendre, chacun doit accepter". "L’Europe n’est plus un choix. Elle est une nécessité.".

    La résultante de cette équation politique est simple : s’il n’y a pas de choix, le débat n’a plus de sens, et le vote non plus, au bout du compte.Je parlais il y a quelques jours d’un président en fuite, sur ses responsabilités notamment : ici, c’est finalement l’élection même qui est esquivée.

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  2. Les multiples messages de Sarkozy

    À qui s'adressait Nicolas Sarkozy jeudi soir à Toulon ? À tous les Français ? Aux électeurs ? Aux Allemands et à Angela Merkel plus précisément ? Aux agences de notation ? À l'opposition ? Un peu à tous ceux-là en fait, mais probablement plus aux uns qu'aux autres.

    Pour les Français, Sarkozy a incarné un président paternaliste :"Vous avez peur ? Je suis là", a-t-il déclaré en substance, rassurant. Il n'a pas inventé de dangers, ni exagéré ceux auxquels nous sommes confrontés, il s'est contenté d'affirmer qu'il était là et qu'il se battrait. Pour les électeurs, Sarkozy a été le Capitaine Courage. Il mène notre bateau dans la tempête et il ne lâchera pas la barre. Il est prêt à prendre la gifle du vent dans la figure car c'est inévitable s'il veut rester sur le pont. Où nous emmène-t-il ? En lieu sûr, OK, mais c'est où le lieu sûr ? C'est loin ? Il faut s'attendre à un voyage pénible ou est-ce qu'une éclaircie est proche ? Ça, on ne le saura pas et pour cause ! Sarkozy tient la barre, certes, mais il suit la route tracée par Angela Merkel.

    Le Président l'a dit, sans euro, pas d'Europe. Il faut donc sauver l'euro et ça passe par un couple fort Allemagne-France, et c'est l'Allemagne qui porte la culotte. On n'en saura pas beaucoup plus sur les moyens mis en œuvre, les pistes de travail ou encore les missions fixées. C'est un peu normal puisque rien ne peut être décidé sans l'accord de Merkel.

    Ce discours tenait presque du subliminal. Des mots-clés, comme "crise" ou "peur" par exemple, ont été répétés à l'envi, on peut le voir sur le Wordle du discours. Nicolas Sarkozy a fait passer le message que la France était désormais directement dépendante de l'Europe et que son avenir ne pouvait être assuré que dans une alliance forte avec l'Allemagne.

    Pour les investisseurs, Sarkozy a exprimé qu'il avait compris que son pays devait améliorer sa fiabilité. Il a parlé de solidarité mais aussi de choix, il faudra faire mieux avec moins de moyens. Tout le monde devra faire mieux avec moins.

    À l'opposition, Nicolas Sarkozy a adressé un message clair : "Les mecs, on a bien rigolé mais c'est fini. Moi, je l'ai compris. Et vous ?" Du coup, il n'y a pas eu de petites piques sauf quelques unes contre Montebourg et sa démondialisation. Face à cette attitude quasi-humble, les réactions de part et d'autres ont été excessives. L'opposition avait visiblement écrit ses critiques à l'avance, l'estimation était fausse, elles tombent à côté de la plaque. Surtout, elles ne se situent pas au même niveau que le Président.

    Les attaques du PS et consorts n'en ont paru que plus mesquines et convenues, bref, hors sujet. De même, du côté de l'UMP, l'enthousiasme était malvenu. Face à la modestie du discours et de son cadre, il aurait fallu continuer sur la même tonalité. La liesse n'était pas en raccord avec la prestation de Nicolas Sarkozy, il faudra assurer un meilleur briefing des équipes la prochaine fois !

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  3. A lire sur le Lab : Les enseignements du discours de Toulon

    Retrouvez notre synthèse des commentaires et des analyses du discours prononcé par Nicolas Sarkozy, jeudi, à Toulon. Lire ici.

  4. A lire sur Le Lab : ce qu'il faut retenir du discours de Toulon

    Retrouvez l'essentiel de la prestation de Nicolas Sarkozy à Toulon jeudi soir et les commentaires que son discours a suscités. Lire ici.

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