En conférence à Séoul, Nicolas Sarkozy invente qu'il a "créé le G20"

Publié à 15h54, le 21 décembre 2014 , Modifié à 19h07, le 21 décembre 2014

En conférence à Séoul, Nicolas Sarkozy invente qu'il a "créé le G20"
Nicolas Sarkozy en meeting © MARTIN BUREAU / AFP
Image Etienne Baldit


#APEUPRÈS - On savait déjà qu'il avait sauvé la "démocratie dans le monde", d'après l'analyse de son ancienne (et un peu nouvelle) plume, Henri Guaino. On ignorait cependant qu'il était à l'origine de la création de l'organisation regroupant les économies les plus puissantes de la planète.

Eh bien sachez-le : Nicolas Sarkozy a créé le G20. C'est en tous cas ce qu'il a affirmé, le 14 octobre, en pleine conférence à Séoul, selon le verbatim intégral (et l'enregistrement audio) de cette prise de parole, publié par Mediapart samedi 20 décembre. Celui qui n'est alors que candidat à la succession de Jean-François Copé à la tête de l'UMP était invité du World Knowledge Forum, réunissant tous les ans dans la capitale sud-coréenne un parterre de personnalités du monde politique et économique. 

900 invités, selon Libération, ont donc pu écouter l'ancien président de la République disserter sur le thème : "Revigorer l’économie mondiale". Et c'est au détour d'une question de son interlocuteur, l'homme d'affaires coréen Chang Dae-whan, que Nicolas Sarkozy s'est *légèrement* emballé, expliquant à son auditoire :

Quand j’ai créé le G20, M. Ban Ki-moon [secrétaire général des Nations Unies, ndlr] m’a demandé : 'Pourquoi crées-tu une organisation concurrente aux Nations unies ?' Et je lui avais dit que ce n’était pas une concurrence, mais que les Nations unies, avec la règle de l’unanimité, ne pouvaient plus arbitrer les grandes questions du monde. 

Nicolas Sarkozy poursuit son propos en expliquant que "la grande réforme du G20 nécessaire, c’est de passer de [la règle de la décision à] l’unanimité à la majorité".

Seulement... le G20 a été créé en 1999, "en réponse aux crises financières qui ont frappé les pays émergents à la fin des années 1990", comme l'explique le site du Ministère des Affaires étrangères. Une création sous l'impulsion de Paul Martin, alors ministre canadien de l'économie. À l'époque, Nicolas Sarkozy était député des Hauts-de-seine, maire de Neuilly et ancien ministre d'Édouard Balladur. Très honorable, certes, mais loin de permettre à quiconque de "créer le G20".

Nicolas Sarkozy a donc vraisemblablement occulté une partie de l'histoire de l'institution. En revanche, en 2008, en tant que président de la République et exerçant la présidence tournante de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy a en effet joué un  rôle important dans la transformation du G20.

Jusqu'alors, ce dernier réunissait "une fois par an les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales des pays industrialisés et des pays émergents", toujours selon le site du MAE. Pour répondre à la crise économique et financière de 2008, il se transforme en réunions des chefs d'État ou de gouvernement des États membres du G20, à l'initiative de la France et de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Gordon Brown, Premier ministre britannique de l'époque.

L'organisation se réunit pour la première fois sous cette forme le 15 novembre 2008, à l'occasion du Forum de Washington. Les dirigeants des États membres se mettent alors "d’accord sur un plan d’action exceptionnel pour éviter l’effondrement du système financier et de l’économie mondiale", encore et toujours selon le site du MAE.

[Bonus Track] "Quand on est trop intelligent, c'est un problème"

Un peu plus loin dans son intervention, Nicolas Sarkozy s'épanche sur "la différence entre les pragmatiques et les intellectuels". "Parce que les pragmatiques, ils créent des richesses, les intellectuels, ils vous expliquent comment on aurait pu créer plus de richesses", développe-t-il pour illustrer le fossé entre les politiques qui agissent et prennent des décisions et les économistes, par exemple, "qui savent vous expliquer comment on aurait pu faire"

C'est alors qu'il conclut, en toute simplicité :

Quand vous êtes chef de l’État et qu’il y a une crise, faut prendre des décisions, faut être rapide. Bon, peut-être que parfois, quand on est trop intelligent, c’est un problème.

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