Crèche de Noël : la recette en six étapes pour avoir une bonne polémique

Publié à 17h42, le 21 décembre 2015 , Modifié à 18h22, le 21 décembre 2015

Crèche de Noël : la recette en six étapes pour avoir une bonne polémique
Bruno Retailleau (LR), Julien Sanchez (FN) et Robert Ménard (app. FN), grands défenseurs de la crèche © montage Le Lab via AFP

Joie des fêtes : les crèches de Noël dans les mairies et les débats si originaux qu’elles charrient sont de retour. Cette fois, c’est à Beaucaire qu’on a vu la polémique enfler, agrémentée d’un point Godwin de la part de son maire, le frontiste Julien Sanchez, qui s’est laissé dire que les opposants au projet pourraient tout aussi bien brûler des livres.

Evidemment, tous les politiques ne réagissent pas de la même manière. Mais sur pareil sujet, les ingrédients sont toujours un peu les mêmes. Aussi, pour vous épargner le détail des prochaines polémiques, Le Lab a répertorié les étapes qui ne manquent jamais d’arriver quand elles s'enclenchent.

1. A l’approche de Noël, une mairie (souvent FN ou de droite) installe une crèche entre ses murs
Cette semaine, le focus est porté chez Julien Sanchez. Mais on aurait également pu penser à David Rachline à Fréjus, récidiviste, qui avait déjà honoré l’exposition de sa présence l’an passé :

Ou encore Robert Ménard, jamais le dernier pour se mettre en scène devant une palanquée de santons :

Pensons encore au sénateur (LR) Bruno Retailleau. En décembre 2014, le patron de la Vendée avait attiré les regards sur son département en contestant le jugement qui lui ordonnait de retirer la crèche installée dans le hall du conseil général.

2. L’opposition et les associations s’énervent, entorse à la loi de 1905 oblige
A Beaucaire, c’est sur sa conception très particulière de la laïcité que les associations opposées à la mairie FN ont tiré les oreilles de Julien Sanchez. Pour celles-ci, l’exposition d’une crèche de Noël, représentation de la naissance du petit Jésus, est une entorse à la laïcité et la neutralité religieuse qu’elle recommande sur l’espace public.

La gauche, au niveau national, est plus prudente. L'an passé, au moment de la polémique du conseil général de Vendée, Manuel Valls s'était contenté d'appeler à "ne pas se diviser sur pareil sujet".

3. L'élu répond : "Non, pas du tout, c’est la tradition, comprenez-vous, les racines chrétiennes de la France que nous valorisons ainsi"
C’est l’argument des admirateurs de santons, ces petits bonshommes fabriqués en Provence et qu’on retrouve dans toute crèche de Noël digne de ce nom. Un couplet que Christian Estrosi, Xavier Bertrand ou Bruno Retailleau (qui avait dû retirer la crèche du hall du conseil général de Vendée) reprennent en chœur.

Le nouveau président de la région Paca expliquait, peu avant son élection, sur LCI, que la démarche faisait partie “de nos traditions, de l’histoire et de l’authenticité de notre pays”.

Le 15 novembre sur LCI et Radio Classique, c'est un Xavier Bertrand en pleine campagne des régionales qui évoquait ce “pays laïc de tradition chrétienne".

Quant au président LR de la région Pays-de-la-Loire Bruno Retailleau, il assurait, l’an passé dans un post de blog, que la crèche “dépassait très largement sa dimension religieuse”.

 

4. Certains élus vont bien plus loin en déplaçant la question sur un terrain identitaire
Et là, le débat peut dériver sérieusement... parfois même jusqu'au point Godwin.

Ainsi de l’instrumentalisation qu’en fait le maire FN de Hayange Fabien Engelmann quand il tweete la photo d’une crèche faite en cochonnaille (non, aucun rapport avec l’islam, aucun). Ou, toujours à Hayange, du Balthazar… blanc, présent dans la crèche municipale.

La polémique peut totalement finir en vrille quand, comme Julien Sanchez dans le Midi Libre du 21 décembre, on compare les opposants à une crèche de Noël à des organisateurs d’autodafés, des censeurs, qui vous rappellent automatiquement “les heures les plus sombres de notre histoire”. Derrière le maintien d’une crèche se cache l’idée d’une “résistance”

5. Des plaintes seront déposées et, le temps qu’elles soient examinées, les crèches auront été démontées depuis belle lurette
Pour le seul cas de Béziers, le rapporteur public avait demandé, sur requête de la Ligue des droits de l’Homme, à ce que la crèche installée par Robert Ménard soit retirée. Malgré la pression, Robert Ménard avait tenu bon et avait même obtenu gain de cause… huit mois plus tard, en juillet dernier.

De la même manière, Bruno Retailleau, après l'imbroglio de la crèche du Conseil général de Vendée l'an dernier, a obtenu gain de cause auprès du Tribunal administratif de Nantes pour en réinstaller une, cette année.

Cette année, les Libres penseurs de Seine-et-Marne, anticipant un renouvellement de la polémique qui les avait opposés à la mairie de Melun et son maire Gérard Millet (LR), ont obtenu le 8 octobre de la cour administrative d'appel de Paris que le chef-lieu du 77 n’installe pas de crèche pour 2015. Mais le tribunal melunois ayant prononcé un avis contraire quelques mois auparavant, on est en droit de s’attendre à un nouveau revirement.

6. Insérez une pièce pour recommencer l’année prochaine

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