Action du gouvernement : Martine Aubry distribue (quelques) bons points... et beaucoup de mauvais

Publié à 09h38, le 19 octobre 2014 , Modifié à 15h33, le 19 octobre 2014

Action du gouvernement : Martine Aubry distribue (quelques) bons points... et beaucoup de mauvais
Martine Aubry entre François Hollande et Manuel Valls le 22 octobre 2011. (Reuters/Joel Saget)

ELLE REVIENT (ENCORE) - Martine Aubry avait déjà fustigé l'abandon par le gouvernement de l'encadrement des loyers, promesse de campagne de François Hollande mais jugée néfaste pour la construction en France. Dans le Journal du Dimanche daté du 19 octobre, elle va beaucoup plus loin.

La maire de Lille avait organisé fin juillet une conférence de presse pour affirmer qu'il n'était "pas trop tard pour réussir le quinquennat".

Cette fois, c'est à un véritable bilan étape du quinquennat de François Hollande que se livre l'ancienne ministre du Travail de Lionel Jospin. En distribuant les quelques bons points, et, bien plus nombreux bien sûr, les mauvais.

Les premiers tiennent d'ailleurs en une phrase :

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Il y a eu de bonnes choses de faites : le retour de la France sur la scène internationale, les moyens complémentaires donnés à la police, à la justice, à l'éducation, la retraite à 60 ans pour les longues carrières...

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Les seconds se concentrent logiquement sur le champs économique, Martine Aubry réclamant, à nouveau une "réorientation de la politique économique" :

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Mais nous avions prévu qu'à mi-mandat la croissance serait revenue, le chômage en rempli et les déficits réduits en deçà de 3%. Ce n'est pas le cas.

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Autre critique, "les Français ne comprennent pas quelle société nous voulons construire", assure l'ex Première secrétaire du PS :

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Même lorsque nos réformes vont dans le bon sens, tels les rythmes scolaires et la priorité donnée à l'école, on n'a pas fixé le cap et engagé les collectivités locales à lutter contre l'échec scolaire ou à promouvoir l'éducation artistique artistique et citoyenne.
On ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière, on doit donner la destination du voyage.

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Troisième point, l'austérité, ça ne marche pas :

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Regardons la vérité en face. La politique menée depuis deux ans, en France comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance.

       

Les efforts fiscaux et les économies réalisées sur les budgets publics ont engendré des pertes de recettes liées à la moindre croissance qu'ils ont provoquée.

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Et puis, le "pacte de responsabilité" du gouvernement se trouve lui aussi éreinté par Martine Aubry. "Le Medef n'a pas négocié les contreparties promises", explique Martine Aubry. Qui indique donc :

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Que nos entreprises qui se trouvent exposées à la concurrence internationale soient aidées pour être plus compétitives, c'est nécessaire, à condition bien sûr de comprendre que la compétitivité - je l'ai appris dans l'entreprise - se joue d'abord sur la recherche et l'innovation, la formation des salariés, l'organisation du travail (...)

 

Mais face aux entreprises, il faut une demande, celle des clients et des collectivités locales. En France, 50% des entreprises disent aujourd'hui faire face d'abord à des problèmes de demande.

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En conséquence, Martine Aubry "propose de mieux cibler les aides aux entreprises sur celles qui sont exposées à la concurrence internationale et sur celles qui investissent et embauchent". Ce meilleur ciblage des aides est censé libérer 20 milliards d'euros, que Martine Aubry voudrait réinjecter dans un "plan de soutien à la croissance" :

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Il faut agir dans trois directions. L'investissement local tout d'abord. (...) Signons un pacte d'investissement entre l'Etat et les collectivités locales. Il faut aussi créer davantage d'emplois aidés, comme les emplois d'avenir, pour les jeunes et les chômeurs de longue durée. (...)

 

Enfin il faut soutenir le pouvoir d'achat en agissant sur les loyers avec la loi Duflot, les aides au logement, la politique familiale, des tarifs pour l'eau e l'énergie plus faibles pour les besoins essentiels.

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Mi-septembre, après la première salve de Martine Aubry, Manuel Valls l'avait accusée de préparer le prochain congrès du Parti socialiste, qui a lieu dans un peu plus d'une semaine, le 27 octobre. Sur France Inter, il déclarait :

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S'il s'agit de réduire les déficits sans casser la croissance, je me réjouis alors du 'soutien' de Martine Aubry. C'est exactement ce que nous sommes en train de faire.

 

Moi, je ne prépare pas le prochain congrès du Parti socialiste. Je prépare l'avenir du pays. C'est ma mission, ma seule mission, être tourné vers les Français.

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Dimanche, Manuel Valls s'est à nouveau chargé de répondre à la maire PS de Lille. Cité par France Info en marge du forum du Parti radical de gauche - tout juste réconcilié avec le Premier ministre -, ce dernier a déclaré :

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A gauche, nous avons toujours considéré la diversité comme une richesse. Nous la faisons vivre chaque jour, même chaque dimanche, parfois un peu trop, et il faut avoir les nerfs solides. Mais là-dessus, comptez sur moi pour avoir les nerfs solides.

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Sur i-Télé le 19 octobre, la députée socialiste Karine Berger s'est livrée à une analyse semblable, estimant qu'il s'agissait de l'élaboration d'une "ligne politique au sein des états généraux du Parti socialiste" et qu'il y avait dans l'interview de Martine Aubry "une part de débat politique à l'intérieur du Parti socialiste".

De son côté, le président (UMP) du Sénat, Gérard Larcher, a affirmé sur Europe 1 que les propositions de Martine Aubry "sentent un peu la naphtaline".

[Mis à jour à 15h30 avec déclarations de Manuel Valls et Gérard Larcher]

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