Bernard Accoyer, le grand entretien du Perchoir

Publié à 12h34, le 03 octobre 2012 , Modifié à 12h34, le 03 octobre 2012

Bernard Accoyer, le grand entretien du Perchoir
Bernard Accoyer, à Annecy, le 17 septembre 2012. (Maxppp)

ENTRETIEN - Président de l’Assemblée nationale de 2007 à 2012, Bernard Accoyer a reçu le Perchoir dans son nouveau bureau au Palais Bourbon. 

Sur un fond de musique classique, fenêtres grandes ouvertes, le député de Haute-Savoie a accepté de discuter, à bâtons rompus, du parlementarisme à l’heure du numérique, de la rentrée parlementaire ainsi que de l’actualité brulante de l’élection pour la présidence de l’UMP.

Cette interview a été relue par M. Accoyer qui n’y a apporté que des modifications de forme.

  1. "Twitter ? Un support partiel, réducteur"

    NosDéputés.fr ? Des arbitres autoproclamés

    Alain Vidalies, ministres des Relations avec le Parlement, a critiqué les sites du type NosDéputés.fr qui, selon lui, dégradent le travail parlementaire. Qu’en pensez-vous ?

    Bernard Accoyer.- Les sites qui suivent l’activité parlementaire s’inscrivent dans notre époque. Ils sont un élément incontournable. Mais colliger et additionner simplement le nombre d’initiatives en commission ou dans l’hémicycle ne reflète qu’une petite partie de l’activité d’un parlementaire. Ce dernier passe une grande part de son temps dans sa circonscription ou à rencontrer et échanger avec les ministères, les institutions, les associations. C’est un travail qui n’est pas observé par ces sites. Donc ils ne peuvent pas donner une image fidèle de l’activité globale d’un parlementaire.

    Alain Vidalies, ministre des relations avec le Parlement. (Maxppp)

    Nous avons une petite maladie qui s’apparente à la complexification constante et chaque fois plus massive de notre mode de fonctionnement. Le parlementaire n’a qu’un juge : l’électeur. Faut-il qu’il y ait des intermédiaires, des arbitres ? C’est un changement dont je ne suis pas encore convaincu. C’est le citoyen qui décide ou non de reconduire son élu.

    Ces sites ne permettent-ils pas un nouveau dialogue entre élus et citoyens ?

    Avant les outils numériques, il y avait aussi des associations qui prétendaient noter les parlementaires sur la signature ou non de telle ou telle proposition de loi, sur le soutien apporté à telle ou telle initiative. Outre le fait qu’ils sont souvent de parti pris, ce sont des arbitres autoproclamés. Il faut que ces intermédiaires, autoproclamés acteurs de la transparence, acceptent qu’ils n’ont qu’une part incomplète de l’évaluation. Un parlementaire passe des dizaines d’heures par semaine à rencontrer les citoyens. C’est une activité invisible. 

     

    L’Assemblée nationale a-t-elle pris conscience de l’utilité du numérique aujourd’hui ?

    J’ai lancé, à la fin de la précédente législature, les comptes twitter et facebook de l’Assemblée nationale, ce qui a contribué à la rapprocher d’un public plus jeune. Un public qui n’avait pas assez accès aux informations de l’Assemblée. Cela m’intéresse plus que les sites qui suivent la vie parlementaire.

    En amont de la question des sites qui suivent le travail parlementaire, il y a l’arrivée très rapide des nouvelles technologies d’information à l’Assemblée nationale. J’ai voulu que le site de l’Assemblée soit refondu afin qu’il devienne l’outil ultra-dominant à disposition des parlementaires, des citoyens, des fonctionnaires, des juristes... 

    En promouvant ces supports numériques, nous avons fait d’énormes économies de diffusion et d’édition. L’Assemblée a intérêt à poursuivre dans cette direction. On peut aller encore plus loin avec l’ouverture sur internet de l’activité des commissions. Avec la révision que j’ai conduite de la procédure, où le texte discuté dans l’hémicycle est celui de la commission, cette ouverture au public me parait démocratiquement indispensable. Avec cette généralisation, nous n’aurons, à terme, même plus besoin d’éditer les comptes-rendus écrits. 

    Internet est un pas aussi important que l’invention de l’imprimerie.

    Les "live-tweets" depuis l’Assemblée, est-ce une avancée selon vous ?

    Oui, dans la mesure où cela peut pousser certains internautes à découvrir plus en profondeur les sujets traités par l'Assemblée nationale. La transmission sur les réseaux sociaux, en particulier sur twitter, est par définition incomplète. Or ce sont des débats complexes. Là où il y a un vrai problème, c’est lorsqu’un ou plusieurs parlementaires, dans une commission à huis-clos, décident de ne plus le respecter, de le trahir en twittant en dehors des règles fixées. 

    Je comprends qu’on l’utilise quand les débats ne sont pas à huis-clos … C’est un moyen intéressant de diffuser rapidement des remarques, des conclusions ou des prises de positions. Il y aura quelques personnes qui continueront à trouver leurs sources à partir de tweets mais on ne peut pas s’accommoder d’un support qui, sur des sujets complexes, est par définition partiel, réducteur.

    Quelle est votre rapport au numérique ?

    Je m’y suis mis. J’ai toujours été passionné de technologies. Je suis enthousiasmé par la recherche en physique fondamentale. Je pense que l’avenir de l’homme est dans le progrès technologique. Je suis émerveillé par les nouvelles techniques qui font que le cerveau d’un individu est placé en réseau avec les cerveaux de centaines de milliers, de millions d’individus. Cette diffusion de l’info va encore accélérer le développement des connaissances humaines. 

    On n’avait rien inventé de plus puissant depuis l’imprimerie. Nous avons la capacité de formuler des messages d’une très grande complexité et de les transmettre. Le numérique est une toute petite maille d’une étape énorme. Internet est, je le répète, un pas aussi important que l’invention de l’imprimerie.  

    Pas un opposant systématique

    Vous avez été nommé président de la commission chargée de vérifier et d’apurer les comptes ?

    La mission de cette commission consiste à contrôler les comptes de l’Assemblée en s’appuyant sur le travail effectué par le Conseil supérieur des experts comptables, qui produit, avec deux cabinets extérieurs, un audit des comptes de l’Assemblée nationale. Ils produisent un rapport et les élus de cette commission le reçoive et le transmette au premier président de la Cour des comptes. Nous sommes là pour certifier les comptes, certifier que les procédures et les écritures ont été vérifiées et validées. 

    Comment passe-t-on de président de l’Assemblée à simple député ?

    J'ai eu l'honneur de présider la première chambre de nos institutions durant cinq ans. C’est une charge de travail important et des responsabilités importantes. Dès le début de mon mandat, grâce à la volonté de Nicolas Sarkozy de réformer la Constitution pour donner plus de pouvoir au Parlement, j’ai eu la chance d’être le président de l’Assemblée qui a conduit sa propre réforme. 

    Bernard Accoyer au Perchoir, en octobre 2010. (Maxppp)

    C’est une période extrêmement dense et riche de ma vie publique qui me laisse un souvenir inoubliable. Maintenant, c’est une autre tranche. Je suis fier d’être toujours député de la Nation et d’apporter ma contribution, en tant que député de l’opposition, à la vie de notre pays. Certes, la contribution est différente mais j’ai déjà été député de l’opposition de 1997 à 2002.

    A l'époque, j'ai tout fait pour empêcher les erreurs majeures comme la loi sur les 35 heures dont les conséquences sont délétères. A tel point qu'elle n'a jamais été copiée dans aucun autre pays au monde.

    La gauche à nouveau au pouvoir a tendance à oublier que nous sommes dans une économie ouverte, que la France a besoin pour sauver emploi et niveau de vie de nos compatriotes de réduire le poids de la dépense publique, le poids d’une réglementation et d’une législation asphyxiante et paralysante. C’est tout le contraire qui se fait jusqu’à présent.

    Quel regard portez-vous sur cette rentrée parlementaire ?

    Je porte un regard inquiet. Depuis que je suis dans la vie publique, je n’ai jamais vu une perte de confiance aussi brutale envers nos gouvernants. Les Français sont lucides et ce n’est pas un débat politique qu’ils ouvrent, c’est un doute sur les compétences. Ils ne comprennent pas que l’on augmente la dépense publique, que l’on augmente encore le nombre des emplois publics alors que le pays est écrasé par le poids de la dette et que notre compétitivité en souffre gravement. Or la compétitivité, c’est l’emploi. Les préoccupations des Français sont toujours les mêmes : emploi, pouvoir d’achat, sécurité, logement. En tous ces domaines, il y a un doute sur la capacité du gouvernement à appréhender la réalité de la situation que j’entends sur le terrain.

    C’est pour cela que vous vous êtes opposé aux emplois d’avenir ?

    Je m’y suis opposé parce que ces emplois dits d’avenir tels que les a présenté le gouvernement, ce sont des emplois publics. C’est de l’argent public. Or nous n’avons pas le premier euro pour les financer. Nous sommes déjà en sureffectif dans les administrations publiques. C’est une impasse. 

    Je défends le cumul des mandats mais ...

    Il y a un débat au sein du PS sur le cumul des mandats. Quelle est votre position ?

    Je défends le cumul des mandats mais je suis favorable à ce que l’on mette un terme au cumul des fonctions. Quand vous êtes élu local, vous pouvez être élu sans délégation ou vous pouvez être président ou maire, ou vice-président ou adjoint chargé d’une délégation (travaux, sport, transport…). Ces délégations sont accaparantes et peuvent mettre le parlementaire en situation de conflit d’intérêt car il peut, en tant que parlementaire, défendre sa collectivité locale davantage que la collectivité nationale. Mais je défends l’indispensable lien du parlementaire avec les citoyens, avec la réalité locale. En revanche, je suis désormais convaincu qu’il y a un problème avec le cumul d’un mandat de parlementaire et celui d’un exécutif local d’une certaine importance.

    Le non-cumul tel que présenté par François Hollande ressemble à votre position. Vous voterez donc un texte qui interdise de cumuler mandat parlementaire et exécutif local.

    S’il n’y a qu’un article et que l’article, c’est celui-là, je voterai la loi. Mais l’expérience a montré que les lois comportent de nombreux articles. Ce serait étonnant que je sois d’accord avec tous les articles de cette loi. Mais je ne suis pas un opposant systématique.

    L'UMP ? Ce que je redoutais se réalise

    Jean-François Copé et François Fillon, à la journée parlementaire de l'UMP. (Maxppp)

    Il n’y a donc que deux candidats à la présidence de l’UMP.

    Ce que je redoutais se réalise. Un duel est plus facilement l’occasion d’un affrontement de personnes plutôt qu’un affrontement d’idées. C’est plus facilement une source de division qu’une source d’unité. J’ai fait tout ce que je pouvais pour éviter ça. Il ne s’en est pas fallu de beaucoup. S’il y avait eu un ou deux rassemblements comme celui que j’ai organisé en Haute-Savoie, à Samoëns le 15 septembre dernier, où tous les candidats ou leurs représentants se sont exprimés devant les militants, il est probable qu’un candidat, comme Bruno Le Maire, aurait eu ses signatures.

    Bernard Accoyer à la tribune du rassemblement qu'il a organisé à Samoëns (Maxppp)

    C’est dans cette logique que vous avez parrainé Bruno Le Maire ou par adhésion à son discours ?

    Je l’ai parrainé, parce que j’ai le sentiment que ses propositions, intéressantes sur le fond, devaient pouvoir être débattues au sein de l’UMP. A partir du moment où Xavier Bertrand avait renoncé, il me paraissait pouvoir être le troisième candidat, utile à un débat pluraliste.

    Vous avez également signé la motion gaulliste. Il n’y aura pas de prise de position collective ?

    Non, et je ne suis pas favorable au système des motions. Si j’ai signé la motion gaulliste c’est parce que je suis gaulliste et qu’il ne faudrait pas qu’on me prenne pour ce que je ne suis pas. Mais je dirai nécessairement pour qui je voterai.

    Institutionnellement, le retour de Sarkozy est possible

    Faut-il un brevet de sarkozysme pour être président de l’UMP ?

    Non. Mais depuis 4 mois, François Hollande et le gouvernement de Jean Marc-Ayrault n’ont pas eu d’autre priorité que de défaire tout ce qui avait été fait par Nicolas Sarkozy pendant 5 ans. Les Français s’interrogent face à cette attitude dogmatique et anxiogène. Il est légitime que nous défendions, tous, le bilan d’un quinquennat au cours duquel des réformes importantes et courageuses ont été conduites, même si nous devons tenir compte des maladresses ou des erreurs que nous avons pu commettre.

    Un retour de Nicolas Sarkozy est-il possible ?

    Les institutions n’interdisent pas son retour. Donc institutionnellement, c’est possible.

     

    Nicolas Sarkozy et Bernard Accoyer, au Mont Valérien, en 2008. (Reuters)

    Le souhaitez-vous ?

    C’est la France qui compte. Les Français décideront de cette éventualité. Je souhaite que l’évolution de notre pays soit la meilleure possible. Au-delà des personnes et des majorités.

    Qu’avez-vous pensé de la déclaration de candidature de Xavier Bertrand pour une primaire en 2016 ?

    Je défendais le principe d’une primaire ouverte pour la droite et le centre bien avant que les socialistes la mettent en œuvre. J’avais été convaincu par ce qu’avaient fait les Italiens au début des années 2000. Je l’avais proposé à Nicolas Sarkozy en 2007. Des débats avaient été organisés avant le vote, alors réservé aux militants de l’UMP. En 2016, il faudra que la droite et le centre organisent ensemble des primaires ouvertes.

    Bernard Accoyer regrette que Xavier Bertrand ne soit pas allé au bout de sa candidature. (Reuters)

    Quant à Xavier Bertrand, je regrette qu’il ne se soit pas présenté. Il aurait fait un bien meilleur score que ce qu’il redoutait. Il était la troisième voie. Il aurait desserré cet étau qui place deux concurrents face à face. L’élection se serait décidée au deuxième tour, ce qui est moins violent qu’avoir un vainqueur dès le premier tour.

     

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