Le réquisitoire d’Alain Juppé contre la déchéance de nationalité (qu‘il pourrait quand même voter s’il était député)

Publié à 10h50, le 03 janvier 2016 , Modifié à 10h58, le 03 janvier 2016

Le réquisitoire d’Alain Juppé contre la déchéance de nationalité (qu‘il pourrait quand même voter s’il était député)
© AFP

NON MAIS OUI… - L’année 2016 débute sur la même thématique que s’était achevée 2015. Sur la déchéance de nationalité, qui divise tant à droite qu’à gauche. Ce dimanche 3 janvier, alors qu’il fait sa rentrée en fanfare avec une longue interview au JDD juste avant la sortie de son livre-programme sur le régalien, "Pour un Etat fort", Alain Juppé entre à son tour dans ce débat polémique.

Sur le fond, le candidat à la primaire de la droite et du centre qui aura lieu en 2016 fait dans le quotidien dominical un cinglant réquisitoire contre la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France coupables d’actes terroristes. Tout en assurant qu’il pourrait voter cette mesure s’il était député, et sous condition.

Côté réquisitoire, le maire de Bordeaux estime que la déchéance de la nationalité pour les binationaux nés Français condamnés pour terrorisme n'est "pas une réforme utile". "Ce n'est pas une réforme utile. Son efficacité sera faible, voire nulle. Elle ne permettra pas de prévenir de nouveaux actes terroristes, elle ne dissuadera aucun jihadiste de se faire sauter", déroule Alain Juppé. Et celui qui était Premier ministre quand, après les attentats de 1995/96, a été rendue possible la déchéance de la nationalité française pour terrorisme, de dénoncer "un acte de mauvais gouvernement" :

C'est un coup politique de François Hollande pour semer de la confusion dans le débat. De ce point de vue, c'est plutôt réussi ! Mais dans un moment où notre pays a besoin d'unité et d'apaisement, c'est un acte de mauvais gouvernement.

S'il était parlementaire, voterait-il cette mesure ? Oui, "à condition que le texte définitif se limite aux incriminations déjà prévues dans le Code civil pour la déchéance des Français binationaux naturalisés", répond Alain Juppé. Ce qui est le cas dans le projet de loi préparé par l'exécutif, qui nécessite, pour être définitivement voté, une approbation des 3/5e du Parlement réuni en Congrès et donc une partie des voix de droite. Un Congrès qui devrait se tenir "avant fin mars", selon les informations du JDD

[BONUS TRACK] Divergences avec Sarkozy

Dans cette longue interview au JDD, Alain Juppé se droitise un peu sur les sujets régaliens. Mais trouve le moyen de s’opposer à Nicolas Sarkozy. Notamment dans un point de la lutte contre le terrorisme. Ainsi se démarque-t-il nettement de son grand rival, Nicolas Sarkozy, qui plaide pour que toutes les personnes fichées "S" soient placées en "résidence surveillée ou assignées à résidence avec un bracelet électronique". Il dit :

 

Après les attentats, tout le monde s'est précipité en disant "Il faut mettre à l'ombre toutes les personnes qui font l'objet d'une fiche S". C'est une réaction épidermique. Toutes ne concernent pas le terrorisme. Concernant ceux qui suscitent de vraies inquiétudes, il faut agir avec discernement. Cela peut être utile de continuer à les pister pour remonter les filières. L'idée de mettre tout le monde dans un grand camp est absurde.

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