Un député PS demande à Hollande de ne pas nommer Chevènement à la fondation pour l’islam à cause de ses "propos racistes"

Publié à 16h26, le 29 août 2016 , Modifié à 18h40, le 29 août 2016

Un député PS demande à Hollande de ne pas nommer Chevènement à la fondation pour l’islam à cause de ses "propos racistes"
Jean-Pierre Chevènement. © AFP

Début août, François Hollande a évoqué pour la première fois le nom de Jean-Pierre Chevènement pour diriger la Fondation pour l’islam de France. Une idée présidentielle confirmée ce lundi 29 août par Bernard Cazeneuve dans une interview à La Croix.

Si cette nomination était contestée à droite mais aussi au sein même du gouvernement, deux élus socialistes de Seine-Saint-Denis prennent la parole ce lundi pour demander au chef de l’Etat de revenir sur sa décision.

Le député PS Mathieu Hanotin, élu de Saint-Denis, a ainsi lancé une pétition sur change.org –sa première, confie-t-il au Lab – pour interpeller François Hollande et dénoncer des propos tenus ce lundi sur France Inter qu’il juge "scandaleux et racistes". Il explique au Lab :

Après l’avoir écouté sur France Inter, j’ai été scandalisé à double-titre. D’une, sa rhétorique paternaliste et colonialiste, dans la même veine que ses propos sur la "discrétion" des musulmans. De deux, j’ai été choqué par ses propos scandaleux et racistes sur Saint-Denis. Il fait une confusion mentale entre être Français et être blanc. La ligne rouge a été franchie. Il faut que le président de la République renonce le plus vite à nommer cette personne.

"Pendant plus de 16 minutes d'interview, il n'a eu de cesse de faire des raccourcis et des amalgames douteux et paternalistes. La ligne rouge a été franchie lorsqu'il a alimenté la théorie du 'grand remplacement' en affirmant qu'à Saint-Denis, ville dont je suis le Député, '135 nationalités étaient présentes mais qu'une seule avait quasiment disparue', sous-entendu la nationalité française", ajoute le député socialiste dans la description de sa pétition en ligne.

Parallèlement, sans coordination, c’est le président PS du département de la Seine-Saint-Denis qui s’est fendu d’un communiqué pour demander lui-aussi à François Hollande de "renoncer à nommer M. Chevènement". Dans ce texte lapidaire, Stéphane Troussel écrit :

Je demande à François Hollande et Bernard Cazeneuve de renoncer à sa nomination. Après son appel à la "discrétion" auprès des musulmans, le Président pressenti de la fondation pour l'Islam de France, a multiplié ce matin sur France Inter les confusions et dérapages. Un esprit aussi confus pour tout mélanger sur des notions aussi importantes que la nationalité et la citoyenneté Française ne peut pas être nommé à ce poste.

De son côté, le Premier adjoint PCF au maire de la ville de Saint-Denis Stéphane Peu a estimé dans un communiqué que Jean-Pierre Chevènement était "disqualifié" pour être nommé à la tête de la Fondation après avoir établi des "amalgames douteux". Stéphane Peu a attaqué :

 

La nationalité pour Jean-Pierre Chevènement se définit-elle par la couleur de peau ? Je rappelle que 75% des habitants de Saint-Denis sont de nationalité française ! Ils sont à l’image de la France populaire et métissée d’aujourd’hui.

Mais qu'a donc dit exactement "le Che" pour s'attirer autant de critiques. Interrogé donc par France Inter sur le lien qu’il fait entre la tenue provocante et le jihadisme meurtrier, Jean-Pierre Chevènement a répliqué :

Prenez le métro pour aller à Saint-Denis ou à Sarcelles : regardez ce qu’il se passe. [...] Naturellement vous avez les populations installées ouvrières en général ont quitté la plupart de ces communes [...] 80 % des enfants à l’école primaire ne maîtrisent pas le français donc les parents qui le peuvent mettent les enfants à Paris ou dans des écoles privées. Il y a une espèce de ségrégation de fait qui s’installe. Le processus de l’intégration n’est plus possible. Il y a à Saint-Denis par exemple 135 nationalités et il y en a une qui a quasiment disparu. Donc je pense qu’il y a des problèmes d’équilibre de la société française auxquels il faut être attentif si nous voulons aller dans le sens d’un apaisement profond, d’une tolérance mutuelle et si nous voulons continuer à vivre dans une République dont le principe est l’égalité de tous les citoyens devant la loi et pas dans une société multicommunautariste.

Le 15 août, Jean-Pierre Chevènement avait dit oui dans Le Parisien à la proposition de François Hollande de prendre la tête de cette fondation. Mais l’une de ses déclarations avait fait polémique : son conseil de "discrétion" donné aux musulmans. Une "polémique subalterne et stupide", selon lui.

[EDIT 17h50]

Interrogé par BuzzFeed sur les "135 nationalités évoquées", l'entourage de Jean-Pierre Chevènement explique qu'il s'agit en fait d'un lapsus, et récuse la polémique :

 

Je suis d’accord que cela peut-être confus, c’était un lapsus en fait. D’ailleurs vous remarquerez que ni Patrick Cohen, ni personne du studio n’a réagi. Il ne faisait pas référence aux blancs, c’est du grand n’importe quoi. Mais de toute façon, dès que Jean-Pierre Chevènement parle, il fait polémique.

[EDIT 18h40] ajout communiqué Stéphane Peu

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