Quand Jean-Luc Mélenchon change d’avis en vingt-quatre heures sur la question du soutien à la motion de censure

Publié à 10h21, le 19 février 2015 , Modifié à 12h29, le 19 février 2015

Quand Jean-Luc Mélenchon change d’avis en vingt-quatre heures sur la question du soutien à la motion de censure
Jean-Luc Mélenchon © Montage AFP

Les députés communistes ne sont pas les seuls à être divisés sur l’opportunité de censurer le gouvernement. Il semble que Jean-Luc Mélenchon soit également partagé entre lui-même… et lui-même.

Rembobinons : mercredi 18 février au micro de France Info, l’eurodéputé désapprouve ouvertement le ralliement annoncé de parlementaires Front de gauche à la motion de défiance initiée par l’UMP.  Il explique :

Moi, je n’aurais pas fait ça. D’abord, parce qu’il n’y a aucune chance que cette motion passe. Qu’est-ce qu’on va aller se fourrer avec la droite ? Il ne suffit pas d’être contre, il faut être pour, montrer qu’il existe une alternative, que le gouvernement est contesté par sa gauche, pas par sa droite.

En somme, répliquer au passage en force du gouvernement sur la loi Macron à coup de 49.3 ne justifie pas une alliance politiquement contre-productive et symboliquement dommageable. Soit.

Sauf que comme l’a repéré le journaliste du Monde Olivier Faye, Jean-Luc Mélenchon tient un tout autre discours moins de vingt-quatre heures plus tôt sur son blog. Dans l’un de ses traditionnels billets fleuve, le co-fondateur du Parti de gauche écrit :

La seule façon de bloquer la loi (Macron, NDLR) et de faire cesser le chantage comme méthode de gouvernement, c’est de voter la censure. Soit celle déposée par la droite comme le fit le groupe communiste en 1992, qui n’avait pas les moyens de déposer sa propre motion, soit en déposant une autre, de gauche, puisque le moyen existe de le faire !

Mercredi, les députés du Front de gauche ont bien tenté de constituer une motion alternative rassemblant communistes, socialistes et écologistes. Mais faute de temps et de soutiens suffisants, la tentative est tombée à l'eau.

Même si l’on comprend que la préférence de Jean-Luc Mélenchon va au scénario d’une motion propre à l’aile gauche de l’hémicycle, l'ancien candidat à la présidentielle ne ferme clairement pas la porte à une initiative transpartisane, la priorité étant à ses yeux de ne pas laisser passer la loi du ministre de l'Économie "après l’avoir combattue pied à pied".

Au Parti de gauche, les avis ne sont en tout cas pas unanimes sur la question de la censure, comme le reconnaît lui-même Eric Coquerel. Contacté par Le Lab, le coordonnateur du mouvement affilié au Front de gauche explique :

La position de Jean-Luc reflète la complexité du problème qui se pose à nous. C'est un choix où il y a des arguments dans les deux sens : le contenu de la motion de la droite est problématique, mais en même temps c'est Valls qui est le premier responsable en essayant de faire passer une loi par un processus antidémocratique. C'est pour ça que je considère, à titre personnel, qu'il faut tout faire pour s'y opposer.

Mais Eric Coquerel réfute l'idée que Jean-Luc Mélenchon puisse avoir changé de pied en réaction au ralliement des député communistes au texte de l'UMP-UDI. Même s'il reprend à son compte les critiques récurrentes du tribun vis-à-vis de la dizaine de députés du Front de gauche :

Le Parti de gauche n'a pas pris position officiellement pour la simple et bonne raison qu'on ne nous demande rien, ce qui est d'ailleurs problématique. Notre attitude est connue sur ce point : on ne comprend pas le système de l'autonomie totale du groupe parlementaire. Qu'il ne consulte pas les différentes forces constitutives du Front de gauche, nous le regrettons.

[Edit 11h26] - Ajout des déclarations d'Eric Coquerel au Lab

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