Quittant la politique et LR, Pierre Lellouche livre un énorme réquisitoire contre Fillon et sa "secte"

Publié à 20h37, le 26 avril 2017 , Modifié à 21h03, le 26 avril 2017

Quittant la politique et LR, Pierre Lellouche livre un énorme réquisitoire contre Fillon et sa "secte"
Pierre Lellouche s'en va, mais pas avant d'avoir réglé ses comptes © FRANCOIS GUILLOT / AFP
Image Etienne Baldit


Voilà, c'est terminé pour Pierre Lellouche. Le député LR, élu sans discontinuer depuis 1993 dans le Val-d'Oise puis deux circonscriptions parisiennes, annonce son retrait de la vie politique, mercredi 26 avril, dans une "lettre à ses concitoyens". Une décision qui tombe donc au lendemain de la défaite de François Fillon au premier tour de l'élection présidentielle et alors que sa famille politique règle ses comptes et se déchire violemment au sujet du choix pour le second tour.

L'ancien membre des gouvernement Fillon 2 et 3 tire sa révérence au nom du renouvellement de la vie politique. "À bientôt 66 ans et après 24 années de mandat à l'Assemblée nationale, j'ai la conviction que le moment est venu pour moi de laisser la place à la génération suivante", écrit-il ainsi tout d'abord. Il évoque ensuite la vague "dégagiste", comme dirait Jean-Luc Mélenchon, que connaît le pays, avec les défaites successives de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Manuel Valls et François Fillon, ainsi que la renonciation de François Hollande. Il reconnaît également la "percée fulgurante" du jeune Emmanuel Macron, qui "confirme clairement une aspiration à changer en profondeur notre classe politique".

Pierre Lellouche estime que ce phénomène est dû à "quatre décennies d'échec et d'immobilisme" de la classe politique française, à laquelle il s'inclut, se livrant à l'auto-critique :

Je crois avoir beaucoup travaillé, avec passion, au service de la France. [...] Mais le résultat, hélas, n'est pas au rendez-vous J'ai le sentiment d'avoir ma part de responsabilité dans l'échec collectif de ma génération, de n'avoir pas su relever le pays.

Mais surtout, Pierre Lellouche en a gros. Très gros, contre sa propre famille politique et tout particulièrement François Fillon, dont il aborde le cas dans des termes extrêmement durs, lui qui était filloniste avant de soutenir Nicolas Sarkozy pour la primaire de la droite. Il explique avoir vécu cette campagne présidentielle "comme une épreuve épouvantable des mois durant, comme la preuve définitive de la décomposition de nos partis traditionnels". Et de décrire l'ancien Premier ministre comme un forcené décidé à "aller jusqu'au bout du suicide personnel et collectif" et "conforté par l'hystérie d'une secte" (coucou Sens commun, notamment), déplorant aussi sa campagne centrée autour de la mise en cause de la justice et des médias, le tout en étant mis en examen. Voilà ce qu'il écrit :

Malgré tous les efforts, en privé d'abord, puis en public (j'avais même proposé le 1er mars dernier, il y a deux mois, la mise en oeuvre de l'article 7 de la Constitution, afin de reporter les élections, donnant ainsi à la droite et au centre le temps de désigner un autre candidat), le candidat Fillon, fort de son élection à la primaire, entouré d'une camarilla de fidèles et d'ambitieux, conforté par l'hystérie d'une secte, a tenu à toute force à aller jusqu'au bout du suicide personnel et collectif.

Ainsi donc, un 'gaulliste' ou prétendu tel, poursuivi par la justice, se présentait jusqu'au bout au poste de président de la République, pourtant garant de nos institutions et de l'indépendance de l'autorité judiciaire (article 64 de la Constitution). Ainsi donc, on dénonçait à la vindicte publique la justice et la presse, en invoquant complots et autre 'cabinet noir', le tout avec la complicité passive de dirigeants qui ont laissé faire. Comme je le craignais, ce qui devait arriver est arrivé.

Pierre Lellouche déplore ensuite que la droite, "désormais sans chef ni ligne politique", en soit "réduite à appeler à voter Emmanuel Macron, dénoncé hier comme l'héritier du désastre hollandais, pour faire battre Marine Le Pen". Ironisant sur le fait que LR présenterait ainsi les électeurs frontistes comme des "facsistes", il estime que cette "posture présentée comme hautement morale" conduit à "faire demain du FN la seule force d'opposition dans le pays".

Constatant que sa position est aujourd'hui minoritaire dans son parti, il "en arrive à la conclusion que [sa] présence, tant parmi Les Républicains qu'à l'Assemblée nationale, ne fait plus guère de sens". Il annonce donc qu'il "rendra sa carte aux Républicains" et, selon une formule consacrée, qu'il ne sera désormais plus qu'un "citoyen engagé". Et libéré de ce qui était manifestement un poids trèèèèès lourd à porter... mais dont il ne se sera pleinement déchargé qu'une fois la défaite actée, même s'il a effectivement fait partie de ceux qui ont le plus vivement protesté contre le maintien de François Fillon.

À noter que nous ne sommes pas à l'abri d'autres règlements de compte de ce style à droite, Nadine Morano ayant par exemple promis d'"y aller à la sulfateuse" contre François Fillon "car ils nous a pris pour des cons"...

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