"Le FN n'est pas anti-républicain" : l'interview de Nadine Morano dépubliée par L'Est Républicain

Publié à 11h52, le 25 mars 2015 , Modifié à 07h57, le 26 mars 2015

"Le FN n'est pas anti-républicain" : l'interview de Nadine Morano dépubliée par L'Est Républicain
© Capture d'écran L'Est Républicain

"Le FN n'est pas anti-républicain". C'est le titre d'une interview de Nadine Morano, publiée peu avant 18 heures sur le site de L'Est Républicain, mardi 24 mars. Mais peu de privilégiés auront eu le temps de lire cet article, celui-ci ayant été dépublié depuis.

[Edit 26/03 6h15 : L'interview a finalement été republiée par L'Est Républicain dans la soirée de mercredi 25 mars, avec cet ajout : "Voici l'article que Nadine Morano conteste formellement". Le site du quotidien a également publié une explication, selon laquelle "Nadine Morano a estimé qu’elle n’avait pas accordé une interview proprement dite, et qu’une partie de ses propos en off avaient été mal interprétés. Elle affirme qu’à aucun moment, elle n’a déclaré, comme nous l’avons titré que "Le FN n’est pas antirépublicain". [...] À aucun moment L’Est Républicain ne s’est autocensuré à la demande d’un élu ou d’un groupe de pression. Il reste maître de ses contenus."]

Le tweet de l'auteur de cet entretien, le journaliste Philippe Rivet, est quant à lui toujours visible mais renvoie vers un lien mort :

Nulle trace de cet article sur le compte Twitter de L'Est Républicain, en revanche.

Contactés par Le Lab mercredi 25 mars, ni le journal ni Nadine Morano n'ont souhaité faire de commentaires. Philippe Rivet n'a pas non plus répondu à nos sollicitations. Impossible, donc, de savoir pour quelles raisons, à la demande de qui et combien de temps après publication cette interview a été retirée du site du quotidien local. Pour résumer : LE MYSTÈRE EST TOTAL.

Seulement voilà, internet a une mémoire. En l'occurrence, plusieurs internautes ont rapidement retrouvé la version de cette interview conservée dans le "cache" de Google.

Cette version toujours disponible, la voici. Peut-être était-il inopportun de publier cet article quelques heures seulement après le crash d'un Airbus A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence, qui a fait 150 morts, et alors que Nadine Morano ne s'est pas exprimée sur le sujet, à la différence de la quasi-totalité de la classe politique française ? Au-delà de cette question de timing, que dit l'eurodéputée UMP ? Plusieurs déclarations peuvent a priori sembler maladroites.

Interrogée sur le "ni-ni" érigé en stratégie par son parti pour le second tour des élections départementales en cas de duel FN-PS, dimanche 29 mars, Nadine Morano explique tout d'abord :

C’est une position qui est la mienne, et celle adoptée par le bureau politique de l’UMP. Personne n’est propriétaire des électeurs et de leurs voix. Le vote est une affaire individuelle, chacun doit prendre ses responsabilités. Je combats à la fois la politique de déclin menée par la gauche et le programme économique du FN qui est affligeant, qui se rapproche de celui de l’extrême-gauche.

 

Jusque-là, rien d'extraordinaire. "Dans le Saintois, le binôme UMP se maintient au risque de faire élire un duo FN. Pas de regret ?", lui est-il ensuite demandé. Réponse :

 

À partir du moment où le FN est autorisé par la République, en quoi serait-il antirépublicain ? Je critique son programme désastreux mais je dis simplement : que le meilleur gagne, que les électeurs prennent leurs responsabilités. Je ne veux pas donner de consignes, ce serait infantiliser l’électorat.

L'idée que le FN n'est pas "anti-républicain" n'est pourtant pas nouvelle à l'UMP. Il y a plus de trois ans déjà, Nicolas Sarkozy lui-même affirmait ainsi : "À partir du moment où [Marine Le Pen] est autorisée à se présenter, le vote pour elle n’est pas un vote contre la République. Si la République avait voulu empêcher le vote du FN, il aurait fallu qu’elle dise pourquoi."

Mais dans le cas de Nadine Morano, peut-être a-t-il été jugé malvenu de le dire aussi clairement à quelques jours du second tour des élections départementales, au cours duquel l'UMP se retrouvera souvent face à des candidats frontistes ?

Autre déclaration possiblement problématique :

- L'Est Républicain : Quand le PS retire ses deux candidats dans le Lunévillois où le FN est en tête, vous ne saluez pas le geste ?



- Nadine Morano : C’est son choix. Un choix que je n’aurais pas fait car il traduit un état de faiblesse, et prouve que la politique de Valls et du gouvernement est totalement rejetée.

Au niveau national, l'UMP n'a pas fait de mystère : ses candidats ne se désisteront pas s'ils ne se sont qualifiés au second tour qu'en troisième position. Pas question, là encore, de favoriser le PS ou le FN - même si localement, cette règle connaît quelques entorses. Est-il toutefois bien habile de souligner la "faiblesse" d'un parti qui vient de se retirer pour favoriser le report de ses voix sur vos candidats ?

Dernière éventualité, cette salve d'autocritique :

- L'Est Républicain : La campagne de la droite en Meurthe-et-Moselle n’a-t-elle pas manqué de dynamisme ?



- Nadine Morano : Oui. Nos chances de gagner sont très minces. On avait besoin d’une locomotive. À gauche, la locomotive Dinet produit encore ses effets. On a perdu du temps. Michel Marchal a accepté d’être le chef de file à la dernière minute. J’ai été tentée d’y aller sur le Saintois, mais on ne peut pas tout faire. Jaques Lamblin a eu la même tentation. Il va y avoir du travail pour nous réorganiser dans un département rose. On paie 30 ans de divisions.

Assez peu mobilisateur, à quelques jours d'un vote.

Bref, pas de réponse. Un important élu local de droite, contacté par Le Lab, s'interroge lui aussi :

 

Je n'ai même pas vu cette interview mais on m'en parle depuis ce matin, sans qu'on sache ce qu'il s'est passé.

[Edit - 17h48]

Quelques heures après la publication de cet article, une responsable de l’UMP proche de Nadine Morano a contacté le Lab. Cette élue de Meurthe-et-Moselle, qui a préféré garder l’anonymat, a expliqué les choses ainsi :

 

Nadine a été appelée par le journaliste de L’Est Républicain pour échanger en off sur les départementales. Elle a donc été surprise de retrouver ensuite ses propos sous forme d’interview.

Joint finalement par le Lab, Philippe Rivet refuse de s’étendre sur les causes de la dépublication de l’entretien. Mais tient à préciser :

 

Lors de notre échange, il y a eu des déclarations en "on" et d’autres en "off", dont je n’ai pas fait état. Il s’agissait d’un entretien tout ce qu’il y a de plus classique, comme j’en ai l’habitude avec Nadine Morano.

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