92 députés socialistes ont voté contre la déchéance de nationalité, adoptée de justesse à l'Assemblée

Publié à 07h22, le 10 février 2016 , Modifié à 08h37, le 10 février 2016

92 députés socialistes ont voté contre la déchéance de nationalité, adoptée de justesse à l'Assemblée
Image Etienne Baldit


Ils sont 92. 92 députés PS ont voté contre la déchéance de nationalité, mardi 9 février au soir à l'Assemblée nationale, au cours de l'examen de la réforme constitutionnelle. La veille, l'article 1 (qui constitutionnalise l'état d'urgence) avait été adopté dans un hémicycle plus que clairsemé. L'article 2, lui, a bien failli ne pas passer, puisque c'est par 14 voix d'écart (soit seulement six de plus que la majorité absolue, compte tenu du nombre de votants) que les députés ont voté pour. Et ce malgré les coups de semonce de l'exécutif, quelques heures plus tôt

Comme le glissait un conseiller de l'exécutif à Libération dans la soirée, le gouvernement a eu "vraiment très très chaud aux fesses".

> À lire : La prise de position anti-déchéance de Macron, en plein débat à l'Assemblée et juste avant le remaniement

Mais ce n'est pas le seul enseignement de ce vote, qui a très largement divisé tous les groupes politiques. 

# Le PS fracturé...

Au total, l'inscription de la déchéance de nationalité a été votée par par 162 voix pour, 148 contre et 22 abstentions. Soit d'un cheveu. Côté socialiste, 102 élus ne l'ont pas votée, en comptant les 10 abstentionnistes. Sur 287 membres au total... Il s'agit donc d'une contestation massive du projet du gouvernement, qui va bien au-delà de la mobilisation des frondeurs au plus fort de leur mouvement (ils étaient une quarantaine au maximum). 

Dans le lot des opposants PS au gouvernement, ce mardi, on trouve bien sûr des habitués (Benoît Hamon, Aurélie Filippetti, Christian Paul, Pascal Cherki, Pouria Amirshahi...), mais aussi des élus légitimistes, qui n'ont donc pas hésité à braver les injonctions primo-ministérielles. Ainsi Annick Lepetit, qui n'est autre que l'une des deux portes-parole du groupe socialiste, a-t-elle voté contre la déchéance de nationalité... 







Avant même cette heure de vérité sur la déchéance de nationalité proprement dite, 108 députés PS avaient quelques minutes plus tôt voté pour la création d’une peine de "déchéance nationale" (privation des droits sociaux, familiaux et civiques) en lieu et place de la déchéance de nationalité. Une trentaine d'amendements en ce sens avaient été déposés, notamment par Olivier Faure, porte-parole du PS et ouvertement opposé à ce projet. Là aussi, le gouvernement a senti le vent du boulet passer tout près.

Pour le dire autrement, un tiers du groupe majoritaire s'est opposé frontalement à l'article 2, et ce malgré les avis du gouvernement et du rapporteur. Rarissime.

# ... comme LR 

L'UDI (7 pour, 1 contre, 1 abstention), les écolos (13 contre) et les communistes (5 contre) ont dégagé une position commune sur ce sujet brûlant, qui agite la classe politique depuis de longues semaines. Mais le reste de l'éventail parlementaire est profondément divisé :





Ainsi chez Les Républicains, l'égalité est presque parfaite entre les promoteurs de la déchéance (32, surtout des sarkozystes) et ses détracteurs (30, derrière principalement Nathalie Kosciusko-Morizet et François Fillon). Seuls 68 des députés LR ont participé au vote sur l'article 2 de la révision constitutionnelle mardi. Ils seront beaucoup plus nombreux pour le vote solennel sur l'ensemble du texte ce mercredi. L'occasion de mesurer les forces des différents candidats à la primaire...

Chez les radicaux de gauche, derniers alliés du gouvernement, c'est la même histoire : 3 pour, 3 contre et 5 abstentions.

Chez les écologistes, François de Rugy est le seul à avoir voté en faveur de la déchéance de nationalité (mais cela ne le dérange visiblement pas trop) :







Et dire que cette réforme constitutionnelle visait, pour l'exécutif, à concrétiser "l'union nationale"...

# Au-revoir Versailles ? 

Rendez-vous ce mercredi après-midi pour l'explication finale avec le scrutin solennel. Dans ce contexte, la perspective du vote du Parlement réuni en Congrès à Versailles (où la réforme devra recueillir une majorité des 3/5èmes pour être adoptée) semble s'assombrir encore un peu plus

> À lire : Pour Aurélie Filippetti, la réforme constitutionnelle "ne sera pas votée au Congrès de Versailles"

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