Présidentielle : sitôt adoptée (sans vote), la position de LR pour le 2nd tour fracture le parti

Publié à 19h29, le 24 avril 2017 , Modifié à 22h15, le 24 avril 2017

Présidentielle : sitôt adoptée (sans vote), la position de LR pour le 2nd tour fracture le parti
Pendant le discours de défaite de François Fillon au premier tour de la présidentielle, dimanche 23 avril 2017 © Eric FEFERBERG / AFP
Image Etienne Baldit


Comme cela était prévisible, la définition d'une position commune à tout le parti Les Républicains, en vue du second tour de la présidentielle entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, est quasi-impossible. Et revoilà la droite embarquée dans un psychodrame dont elle a le secret... Depuis dimanche soir après l'annonce des résultats du premier tour (et l'élimination de leur champion), les ténors de droite affichent toutes sortes de positions incompatibles. La plupart des cadres majeurs, François Fillon le premier, ont rapidement et sans réserve appelé à voter nommément pour le candidat d'En Marche !, mais certains disent seulement vouloir "faire battre l'extrême droite" quand d'autres, minoritaires, se refusent à toute forme de front républicain voire veulent carrément voter Le Pen.

Des fractures qui sont encore plus grandes après le bureau politique du parti qui s'est tenu lundi 24 avril en fin d'après-midi et qui devait pourtant permettre d'obtenir un consensus. Après "l'au-revoir" qu'était venu leur adresser leur candidat déchu, les quelque 80 membres de cette instance décisionnaire ont longuement débattu de cette question de la consigne de vote. Et si un communiqué final en est sorti, cette position a été *adoptée*... sans vote, histoire d'éviter d'afficher plus de divisions que cela.







Rédigé au terme d'une âpre discussion politico-sémantique, ce texte prône donc de "voter contre Marine Le Pen" et de ne pas s'abstenir, mais pas non plus de "voter pour Emmanuel Macron", dont le nom n'est pas cité :





En somme, LR appelle à voter Macron mais sans oser le dire. Mais cette décision fait surtout des mécontents. Le député Pierre Lellouche, frustré de ne pas avoir pu voter sur ce communiqué qu'il n'approuve pas, est parti en colère du bureau politique avant de s'emporter au micro d'Europe 1 :



C’est suicidaire pour notre parti. Moi, je ne sais pas faire élire quelqu’un et le lendemain déclencher une campagne législative pour avoir des députés qui seront contre lui. C’est complètement incohérent.

Lui aurait donc préféré une position plus anti-Macron. Nadine Morano, qui se borne elle aussi à un rejet du front républicain, a pour sa part constaté que ce communiqué ne faisait "pas l'unanimité".

De l'autre côté, on trouve d'autres élus comme le sarkozyste Christian Estrosi, qui avait rapidement appelé à voter Macron et aurait souhaité voir son parti faire de même. Ce communiqué de LR "n'a pas [son] adhésion", a-t-il donc protesté comme le rapporte une journaliste du JDD :





Idem pour Nathalie Kosciusko-Morizet qui, dans un communiqué, regrette le "pis-aller" que représente cette position commune et "appelle sans ambiguïté à voter pour Emmanuel Macron" :





Sur Europe 1, le juppéiste Dominique Bussereau était sur la même ligne :

Je ne respecterai pas cette position si par hasard elle était adoptée. Il faut voter Macron au deuxième tour sans aucune hésitation.

Tout va bien à droite, donc.







[BONUS TRACK] Remember Chirac

Christian Estrosi est vraiment très remonté contre ce non-appel à voter Macron émis par son parti. Sur CNEWS en fin d'après-midi lundi, il le reproche publiquement à ses camarades : "Je le dis très clairement : il y a un risque d'élection de Marine Le Pen. [...] Il y a un certain nombre d'ingrédients qui sont réunis, si nous ne sommes pas très clairs dans notre expression, et c'est responsabilité historique." Et pour bien en appeler à la fibre républicaine du parti éponyme, le président de PACA dégaine une référence à celui dont l'ombre plane au-dessus de cette élection présidentielle : Jacques Chirac, qui avait lui aussi dû disputer un second tour face à un Le Pen en 2002

Christian Estrosi explique qu'en se contentant d'appeler à faire battre Le Pen et à ne pas s'abstenir, Les Républicains trahissent cet héritage :



Jacques Chirac avait fixé une ligne en 1988 : aucune porosité entre le Front national et nous. C'était, en tant qu'héritiers de la formation gaulliste, notre exigence et notre devoir. Eh bien nous sommes en train de transgresser cet héritage que nous a laissé Jacques Chirac.

Dans une campagne qui aura été marqué par des références incessantes à la mémoire du Général de Gaulle, c'est donc une nouvelle figure tutélaire de la droite qui est ici convoquée pour tenter de ramener tout le monde à la raison. Et de juger que ceux qui ne se positionnent pas "très clairement" en faveur de Macron pour le second tour "font prendre un risque important à l'avenir de notre nation".

Du rab sur le Lab

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