Claude Bartolone, en campagne pour Matignon ?

Publié à 13h57, le 26 avril 2013 , Modifié à 14h13, le 26 avril 2013

Claude Bartolone, en campagne pour Matignon ?
Claude Bartolone arrive à Matignon pour rencontrer Jean-Marc Ayrault, le le 11 avril 2013. (Maxppp)

TIMELINE – Depuis une quinzaine de jours, Claude Bartolone est en première ligne. Le président socialiste de l’Assemblée nationale fait entendre sa petite musique, compte ses troupes et enjoint François Hollande de passer à la seconde étape du quinquennat. Car forcément, intégrer la short-list des premiers ministrables, "ça fait frétiller votre égo", comme il l’expliquait au Monde.

Est-il en campagne pour Matignon, même s’il assure ne rien viser ? 

Le Lab s’est penché sur les principales étapes de cette mise en scène politique, la chronologie de son plan média et les mots choisis par le locataire du perchoir.

 

  1. Une première victoire sur Ayrault

    >> Le déjeuner avec Hollande

    Elu à la présidence de l’Assemblée nationale en juin 2012, apprécié de ses pairs, de droite comme de gauche, Claude Bartolone aurait commencé à envisager l’hypothèse Matignon lors de deux rencontres directes, et discrètes, avec François Hollande.

    Libération révèle ce vendredi 26 avril l’origine de cette montée en puissance : "un dîner à quatre à l’Elysée – le couple Hollande et le couple Bartolone-". S’en est suivie une deuxième rencontre, Hôtel de Lassay, à l’époque "outée" sur Twitter par une députée socialiste et confirmée alors au Lab par l’entourage de Claude Bartolone.

    >> L’affaire Cahuzac

    C’est avec l’affaire Cahuzac que Claude Bartolone a pris les devants, s’érigeant en défenseur de l’affront fait à l’Assemblée nationale.

    Après avoir démissionné du gouvernement, être passé aux aveux puis avoir été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, Jérôme Cahuzac pouvait constitutionnellement retrouver automatiquement son siège de député. Inconcevable selon Claude Bartolone, qui est une nouvelle fois monté au front médiatique pour faire passer son message et enjoindre l’ancien ministre du Budget de ne pas revenir au Palais Bourbon.

    "J’essaye de lui faire comprendre qu’il ne peut pas le faire", avait-il déclaré avant d’avoir finalement gain de cause, une fois encore, puisque Jérôme Cahuzac a annoncé la semaine suivant cette sortie qu’il n’enfilerait plus son costume de député.

    >> Le bras de fer contre la publication des patrimoines

    Après avoir avancé ses pions, mis en cause précocement les 3% et plaidé d’emblée pour une entrée en vigueur du non-cumul des mandats en 2017, c’est avec les annonces concernant les mesures à venir sur la transparence de la vie publique que le député de Seine-Saint-Denis est monté au créneau. Officiellement, pour défendre son institution et les députés, réfractaires à l’idée de publier leur patrimoine, comme l’ont fait les ministres.

    Ainsi a-t-il dénoncé "une démocratie paparazzi" et fait passer à Matignon et aux services de Jean-Marc Ayrault une "note blanche" avec ses préconisations. Une note qu’il a alors fait fuiter dans le Monde et dans laquelle il engage un bras de fer avec l’exécutif, s’attirant le soutien des députés.

    Et si François Hollande reste ferme sur le sujet de la publication du patrimoine des parlementaires, de nombreux élus du Palais Bourbon comptent sur lui et sur les débats parlementaires pour tenter de faire infléchir cette position.

    >> Liste noire/liste verte, une victoire sur Ayrault

    Dans cette note à destination de Matignon, Claude Bartolone enregistre une victoire de taille. Sur Jean-Marc Ayrault himself, victime d’un cafouillage entre sa communication et celle de François Hollande.

    Ce coup-ci, c’est sur les incompatibilités entre un mandat parlementaire et l’exercice d’une profession que le président de l’Assemblée a su se faire entendre. Liste noire des métiers interdits ou liste verte des professions tolérées pour les parlementaires ? Dans cette fameuse "note blanche", Claude Bartolone a détaillé en long et en large son opposition au concept de "la liste verte" défendue par Jean-Marc Ayrault. Avec gain de cause.

    >> La campagne médiatique

    Un plan média bien ficelé. Depuis qu’il s’est mis sur le devant de la scène, Claude Bartolone a voix au chapitre partout. Dans tous les médias, quotidiens, radios et  chaines d’information en continu. Conseillé par deux personnes au sein de son cabinet à la présidence de l’Assemblée, le député PS de Seine-Saint-Denis enchaîne les interviews.

    Une interview au Figaro le 10 avril pour dénoncer le "voyeurisme" des mesures annoncées sur la transparence, quelques déclarations au Monde le 13 avril pour nier viser Matignon, tout en assurant que cela faisait frétiller son égo d’être cité parmi les prétendants, une interview à Libération le 15 avril pour entamer sa campagne de lobbying contre la publication des déclarations de patrimoine des parlementaires, et pour finir, une interview au Monde daté du vendredi 26 avril, pour demander "un deuxième temps du quinquennat".

    D’autre part, Claude Bartolone a accordé plusieurs duplex en direct de la salle des Pas Perdus de l’Assemblée, à des chaînes d’info en continu. Impensable lorsque Bernard Accoyer était au perchoir.

    "Bernard Accoyer était dans une logique plus sélective. Il ne réagissait jamais à chaud, jamais en duplex", se souvient pour le Lab l’entourage de l’ancien président UMP de l’Assemblée qui glisse également que Claude Bartolone est "dans une autre logique, vu ses ambitions politiques".

    >> Le "deuxième temps du quinquennat"

    Cette dernière interview a sonné comme une offre de service en direction de François Hollande. Fort de sa nouvelle légitimité tirée de sa présidence de l’Assemblée, Claude Bartolone n’hésite plus à donner publiquement ses conseils au Président. Et l’incite donc à "envisager une deuxième phase du quinquennat", moins d’un an pourtant après l’arrivée de l‘ancien patron du PS à l’Elysée.

    Une sortie aussi remarquée que commentée qui fait écrire, ce vendredi, aux Echos : "Claude Bartolone veut devenir l’homme fort de la majorité".

    >> Le soutien des députés

    Pour y parvenir, Claude Bartolone a besoin autant de soutiens que de troupes. Et cette offre de service n’a pas échappé à une frange plutôt désabusée du Parti socialiste : son aile gauche. Une aile gauche qui attend plus ou moins patiemment un virage à gauche dans la politique gouvernementale et qui estime qu’il y a dans les propos du président de l’Assemblée les ferments de cette nouvelle phase. 

    Ainsi deux députés de cette aile gauche du PS, Razzy Hammadi et Jérôme Guedj, ont salué jeudi l'appel de Claude Bartolone en faveur d'un "nouveau temps du quinquennat", estimant que le président de l'Assemblée nationale était ainsi dans son rôle pour "faire entendre la petite musique des parlementaires de la majorité".

    Un jour d avance pour mon #FFà @claudebartolone pour sa revigorante interview dans @lemonde_pollemonde.fr/politique/arti… @bekouz @bonnefous

    — Jérôme Guedj (@JeromeGuedj) 25 avril 2013

    Pour Razzy Hammadi, Claude Bartolone "est le plus légitime pour dire ce que tout le monde pense et dit déjà", et, dans son interview au Monde daté de vendredi, "tout y est et j'en suis heureux". De son côté, le sémillant Jérôme Guedj, "c'est une interview revigorante", qui déroule une "feuille de route stimulante". 

    >> Du perchoir à Matignon ?

    Malgré toute cette campagne savamment orchestrée, Claude Bartolone nie être en campagne. Et, comme argument, avait invoqué l’histoire et les précédents de la Ve République pour démontrer sa bonne foi. 

    Ainsi déclarait-il au Monde du 13 avril, avant d’assurer encore une fois sur Europe 1 le 17 avril qu’il n’était pas, et n’avait jamais été candidat à Matignon :

    Aucun président de l'Assemblée n'est jamais devenu premier ministre, c'est une statistique zéro.

    Ce qui est partiellement vrai : Jacques Chaban-Delmas, après avoir occupé le perchoir de 1958 à 1969, avait rejoint Matignon, nommé par Georges Pompidou pour diriger le gouvernement. Mais ce n'était pas en cours de mandat.

    Une référence qui ressort ce 26 avril dans la bouche anonyme d’un député PS, cité par Libération :

    Bartolone avait le choix entre être Accoyer et être Chaban-Delmas.

    Apparemment, il a choisi Chaban.

Du rab sur le Lab

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