Comment la loi Macron a séduit tant à droite que chez les frondeurs du PS

Publié à 10h43, le 26 janvier 2015 , Modifié à 11h35, le 26 janvier 2015

Comment la loi Macron a séduit tant à droite que chez les frondeurs du PS
Emmanuel Macron © PATRICK KOVARIK / AFP

BOULE À FACETTES - Après une semaine de débats en commission spéciale, l'heure est venue pour Emmanuel Macron de défendre sa loi dans l'hémicycle. Les députés entament, lundi 26 janvier, l'examen du projet de loi "pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques".

Et, tant à droite qu'à gauche, la discussion devrait finalement être moins houleuse que prévu. Souvenez-vous des débats à gauche sur le travail du dimanche, "choix de société" et de "civilisation". "Esprit du 11 janvier" oblige, les mots des opposants au texte du ministre de l'Économie devraient être plus mesurés.

Mais ce notable apaisement doit autant au contexte d'union nationale (certes en voie d'effritement) qu'à un certain talent d'Emmanuel Macron. 

>> À gauche, la "méthode Macron"

Au PS, certains députés réputés plus proches de l'aile gauche du parti que de la ligne gouvernementale le concèdent : le ministre de l'Économie a bien manœuvré. Ainsi d'Arnaud Leroy, proche d'Arnaud Montebourg, qui explique au Parisien, lundi 26 janvier :

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Il y a une méthode Macron.

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Le ministre, présent sans discontinuer lors de la discussion en commission, a séduit par ses capacités d'écoute et d'ouverture. "Il a fait un sans-faute pour le moment", salue Jean-Patrick Gille, pas toujours très tendre avec le gouvernement, auprès du Parisien. Un autre estime même que le reste du gouvernement devrait "s'inspirer" de cette méthode de travail :

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Il accepte de  coproduire avec les parlementaires, d'autres devraient s'en inspirer.

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Autre succès d'Emmanuel Macron : avoir choisi des élus de l'aile gauche du parti en tant que rapporteurs, à l'instar de Stéphane Travert, proche d'Henri Emmanuelli, désigné sur l'ouverture des commerces le dimanche. Le député vante la stratégie du ministre, toujours auprès du Parisien :

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C'est habile mais aussi risqué, car nous avions une exigence forte. Il nous a entendus. [...] On a beaucoup avancé, notamment sur la compensation des salariés.

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Certes, les frondeurs ne désarment pas sur ce texte et viennent de présenter leurs propres réformes, alternatives à celles de l'exécutif. Mais les termes du débat ont sensiblement changé.

>> À droite, un "esprit libéral" qui séduit

De l'autre côté de l'échiquier politique aussi, la loi Macron a fait du chemin. Plusieurs parlementaires UMP ont indiqué leur intention de voter le texte, ou être "prêt" à le faire, malgré l'injonction de Nicolas Sarkozy de voter en bloc contre. Dernier en date : Geoffroy Didier, qui explique à L'Opinion dimanche 25 janvier que le texte "va dans le bon sens" pour les électeurs de l'UMP :

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Pour nos électeurs, cette loi va dans le bon sens. Nous avons donc le devoir de nous adapter à ce qu’ils nous disent. L’unité nationale doit se pratiquer davantage sur ce sujet qu’au plan régalien, où le PS soutient Christiane Taubira et n’avait pas voté en son temps la loi sur la burqa.

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Selon un récent sondage, 61% des Français seraient ainsi favorables à cette loi ; parmi eux, 58% de sympathisants de gauche et 60% de sympathisants de droite.

Le quotidien "pro-business" L'Opinion y va même d'un éditorial pour appeler l'UMP à voter la loi Macron, ce dimanche. Nicolas Beytout, son créateur et directeur de la rédaction, écrit ainsi :

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C’est un texte qui n’a aucune cohésion, mais qui a sa cohérence : déverrouiller l’économie française, libérer la concurrence, favoriser la création de richesses. Dans un pays cadenassé de toutes parts, écrasé par la réglementation, où l’initiative privée se heurte en permanence au contrôle et à la suspicion administrative, le patchwork élaboré par le gouvernement est une chance.

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C'est donc plutôt le fond et les mesures envisagées qui s'attirent les faveurs de certains élus d'opposition. Mais, là aussi, la méthode est reconnue. Auprès du Figaro ce lundi, le député UMP Jean-Frédéric Poisson estime par exemple que le ministre de l'Économie "a été attentif à ce que disait l'opposition, et ne l'a pas méprisée, ce qui est assez rare". Dans le JDD dimanche, il évoquait même la "drague" d'Emmanuel Macron vers sa droite, en particulier l'UDI :

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Les vrais frondeurs n’étaient pas là et il a clairement cherché à élargir sur sa droite, notamment vers l’UDI. Je n’avais pas vu une telle drague depuis longtemps, on se serait cru en boîte de nuit avec des boules à facettes.

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Pas mal pour un ministre "débutant" qui, fut un temps, se destinait plutôt à la littérature. Au mois d'octobre, le locataire de Bercy avait déjà multiplié les rencontres avec les parlementaires socialistes pour préparer le terrain.

Après le travail en commission, un certain nombre de concessions ont été accordées aux divers opposants. De 106 articles, le texte du ministre est ainsi passé à plus de 200. 1748 amendements déposés, 495 adoptés... Une ouverture gouvernementale qu'apprécient visiblement les parlementaires, qui ont donc été assez sérieusement associés sur ce projet de loi.

Travail du dimanche, professions réglementées... les sujets de divergence persistent toutefois. Parlement et gouvernement auront d'ailleurs l'occasion de les aborder en long, en large et en travers : le débat en séance doit durer 85 heures, quinze jours durant, avant un vote prévu le 10 février.

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