"Penelope Gate" : le palmarès des pires éléments de défense avancés par les proches de François Fillon

Publié à 22h48, le 31 janvier 2017 , Modifié à 16h22, le 02 février 2017

"Penelope Gate" : le palmarès des pires éléments de défense avancés par les proches de François Fillon
© AFP
Image Amandine Réaux


Depuis les révélations, mercredi 25 janvier, du Canard Enchaîné sur l’emploi présumé fictif de Penelope Fillon comme assistante parlementaire de son époux puis de son suppléant, les porte-flingue de François Fillon arpentent les plateaux télé et studios radio pour défendre leur champion, selon eux injustement mis en cause dans cette affaire.

Après les nouvelles révélations de l’hebdomadaire satirique daté du 1er février, et où l’on apprend que le candidat LR a aussi embauché deux de ses enfants comme assistants parlementaires, ces fidèles fillonistes continuent de trouver des excuses à leur poulain. Mais leur argumentaire est bancal, contradictoire parfois, calamiteux rarement, étonnant toujours.

Le Lab a donc décidé de dresser le palmarès des pires éléments de défense avancés par les proches de François Fillon dans ce "Penelope Gate".

Cet article sera actualisé au fil des déclarations.

Et voici l’argument…

# Le plus culinaire

Bruno Retailleau, le 25 janvier sur LCI :



Parce que c’est une femme, il faudrait peut-être la cantonner, comme je l’ai lu dans cet article [du Canard Enchaîné, ndlr], à la confection de confitures ou de tartes aux pommes ?


Dans cet article, Penelope Fillon se présentait elle-même comme une "femme au foyer".

# Le plus embarrassé

Bernard Accoyer (très hésitant), le 25 janvier sur France Inter :



François Fillon a toujours travaillé avec autour de lui ceux et celles qui l’ont accompagné et Penelope Fillon a toujours été à ses côtés. Je l’ai souvent vue participer à ses travaux. Je l’ai vue à de multiples circonstances, y compris à l’Assemblée nationale. Écoutez, je ne connais pas le détail de son travail.


La version officielle veut finalement que Penelope Fillon ait été assistante parlementaire en circonscription. Selon Le Parisien, l’épouse du candidat LR ne disposait d’ailleurs pas de badge à l’Assemblée nationale.

# Le plus anti-FN

Florence Portelli, le 25 janvier sur France Info :



La moralité, ça serait de laisser les hommes politiques qui sont en campagne et qui connaissent rien d’illégal sans essayer à tout prix d’affaiblir la classe politique, de faire le jeu du Front national.


# Le plus déviant

Benoist Apparu, le 25 janvier sur Europe 1 :



Ce que dit 'Le Canard Enchaîné', c'est que quelqu'un - dont on ne connaît pas le nom - dit grosso modo 'je la connaissais comme la femme du ministre'. En l'occurrence, elle parle d'un ministre, donc au moment où François Fillon est ministre. Donc cette nana-là, cette personne-là si je comprends bien, travaille avec le ministre. Elle travaille pas avec le député François Fillon. Donc effectivement, mes attachés parlementaires se connaissent ; [mais] lorsque vous avez des fonctions ministérielles, les membres du cabinet ministériel ne connaissent pas, par exemple, les attachés parlementaires locaux, qui n'existent plus puisqu'il n'y en a plus.


Or, ce n'est pas du tout ce qu'écrit Le Canard. On parle en effet ici de Jeanne Robinson-Behre (dont on connaît donc le nom), assistante parlementaire de Marc Joulaud, suppléant du député Fillon devenu ministre, et qui embauche également Penelope Fillon à cette période. Cette dernière travaille pour lui et non "pour le ministre", comme a cru le comprendre Benoist Apparu.

# Le plus contre-productif

Valérie Boyer, le 25 janvier sur France 5, explique qu’il lui est arrivé d’embaucher un de ses fils "pour des activités réalisées".

La députée des Bouches-du-Rhône, voulant défendre François Fillon, sous-entend que d’autres ont été payés pour un emploi fictif, ce qui est précisément reproché à Penelope Fillon.

# Le plus chiraquien

Thierry Solère, le 26 janvier sur BFMTV :



Madame Chirac, elle a toujours été le lien de Jacques Chirac avec la Corrèze, elle en a été l'élue comme madame Penelope Fillon, à part que madame Fillon, vous l'avez moins vue que madame Chirac. Pourquoi ? Parce que son tempérament, à madame Fillon, c'est la discrétion. Mais elle accompagne son mari dans la circonscription depuis toutes ces années.


Sauf qu’aux dernières nouvelles, Bernadette Chirac n’a jamais été attachée parlementaire.

# Le plus *féministe*

Gérard Larcher, président du Sénat, le 29 janvier sur Europe 1



Un collaborateur parlementaire – c’est d’ailleurs un motif de fierté chez nous – [gagne] en brut, en moyenne, 3.250 euros brut pour les femmes et moins de 3.000 euros pour les hommes. Ça doit être un des rares cas où les femmes sont mieux traitées que les hommes.


Sauf que cela ne dit pas si Penelope Fillon a véritablement exercé son métier d’assistante parlementaire.

# Le plus *tangible*

Antonin Lévy, avocat de François Fillon, le 30 janvier sur BFMTV :



Le travail de collaborateur parlementaire, c'est pas de fournir des notes à son député, c'est pas de lui envoyer des mémos, c'est pas de lui faire des documents de synthèse, c'est parfois quelque chose de moins tangible, de moins matériel mais qui pourtant est tout aussi réel quand on regarde les choses après coup


On n’en saura pas beaucoup plus sur ces éléments non-tangibles.

# Le plus *républicain*

François Goulard, président du Conseil départemental du Morbihan, le 30 janvier sur Facebook :



Cette intrusion de la justice dans le domaine politique pose un véritable problème institutionnel.


Mais pas le fait que des politiques se mêlent d’affaires judiciaires en cours ?

# Le plus informatif

Bernard Debré, député de Paris, le 31 janvier sur LCP :



Un jour, je voulais inaugurer une cellule, un endroit humanitaire pour remettre d’aplomb les femmes qui sont dans la rue. Je téléphone à François [Fillon, ndlr]. Il était Premier ministre, hein. Et je lui dis : 'François, est-ce que tu peux venir ?' Il me dit : 'Ah non, je t’envoie mon assistante'. Je lui ai répondu, très simplement : 'Je ne veux pas de ton assistante !' Il m’a dit 'Oui mais c’est ma femme'. Je dis : 'ça change tout, alors envoie-la'. Et elle est venue, elle a fait des photos, elle a fait un discours, voilà. C’est comme ça que j’ai appris qu’elle était assistante.


Penelope Fillon a donc été assistante de son mari Premier ministre en même temps qu’elle était collaboratrice de Marc Joulaud, suppléant de François Fillon à l’Assemblée nationale.

# Le plus mitterrandien

Pierre Lellouche, député de Paris, le 31 janvier sur BFMTV :



Des ministres actuels du gouvernement ont été mis en cause dans des livres. Il y a un livre sur le Qatar, par exemple, qui met nommément en cause un ministre. Est-ce qu’il y a eu une information judiciaire ? Aucune ! Emmanuel Macron a été mis en cause. Est-ce qu’il y a eu une information judiciaire ? Aucune ! À l’époque de François Mitterrand, qui est adulé aujourd’hui comme une espèce de modèle pour toute la gauche. Pendant 14 ans, la République a payé pour sa maîtresse et pour sa fille adultérine. Qui trouve ça normal ? Alors, moi, je veux bien qu’on soit plus blanc que blanc, mais il faut que ce soit égal. Moi, je trouve qu’il [François Fillon] prend beaucoup, là.


On n’avait pas plus venu venir l’argument mitterrandien que la référence chiraquienne. Mais après tout, pourquoi pas.

# Le plus relativiste

Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, le 31 janvier sur BFMTV :



Dans le secteur privé, compte tenu de sa formation, [Penelope Fillon] aurait certainement gagné deux fois plus d’argent qu’elle n’en a gagné comme assistante de son mari. [...] Oui, quand on additionne sur 20 ans, ça fait une grosse somme. 3.500 euros par mois, c’est le salaire, c’est vrai, d’un professeur agrégé de fin de carrière dans la fonction publique, je le sais bien. Mais moi, quand j’étais patron d’une entreprise de conseil, j’avais 50 consultants, ils gagnaient tous plus que moi, et beaucoup plus que madame Fillon. Donc relativisons.

# Le plus dictatorial

Michèle Alliot-Marie, candidate à la présidentielle hors-primaire, mardi 31 janvier sur iTélé : 



Vous savez, si vous commencez ça, veut dire qu'un jour ou l'autre on va finir par dire qu'il est anormal qu'un commerçant travaille avec ses enfants, ou qu'un artisan travaille avec ses enfants, ou qu'un industriel travaille avec ses enfants, ou qu'un acteur travaille avec ses enfants, ou qu'un journaliste travaille avec ses enfants. Il faut se méfier. Moi, vous savez, j'ai connu un régime en Europe centrale dans lequel, à partir du moment où on était l'enfant de quelqu'un de diplômé, on n'avait pas le droit d'aller à l'université : c'était le régime de Ceausescu.

La France is the new dictature soviétique.

# Le plus "c'était mieux avant"

Philippe Vigier, patron des députés UDI et porte-parole de François Fillon, sur BFMTV mardi 31 janvier : 

Les puissants ne sont plus protégés, les politiques ne sont plus protégés. Pour Jérôme Cahuzac : 90 jours avant qu'on ouvre une enquête. Ici : 20 heures. Trois jours plus tard, il est auditionné. Le lendemain, perquisition. Et s'il faut encore fouiller des trucs cette semaine, tout ce qu'ils veulent !

# Le plus mensonger

Gérard Longuet (encore lui), sur LCP jeudi 2 février :



Les crédits de parlementaire, ce ne sont pas des fonds publics. Ce sont des fonds que le budget accorde aux assemblées. [...] Ces crédits appartiennent à l’Assemblée. L’Assemblée est indépendante du gouvernement. Elle est indépendante de l’exécutif. Elle donne ces sommes aux parlementaires pour qu’ils les utilisent. Les parlementaires ont la possibilité, s’ils n’utilisent pas la totalité de leurs fonds, d’acheter des prestations. On peut imaginer, en effet, qu’il a acheté la prestation de rédiger et de rechercher des documents pour écrire ce livre majeur de 2007 [La France peut supporter la vérité, ndlr].

Si l'enveloppe mise à la disposition des parlementaires peut effectivement être utilisée comme ils l'entendent, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'argent public. Et cela ne remet absolument pas en cause la séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif.

Du rab sur le Lab

PlusPlus